Société
Six féminicides depuis le début de l'année

La sensibilisation demeure la clé pour combattre la violence conjugale

À gauche : La co-coordonnatrice du Centre de femmes l’Autonomie en SoiE, Laurence Tétreault. À droite : Valérie Grégoire, coordonnatrice à La clé sur la porte. Photo : Gracieuseté

Le Centre de femmes l’Autonomie en soiE de Saint-Hyacinthe déplore que la violence envers les femmes demeure présente plus que jamais en 2026 alors que six féminicides sont survenus au Québec depuis le début de l’année, dont un à Rougemont. De son côté, l’organisme La Clé sur la porte rappelle que la violence conjugale doit être dénoncée.

La co-coordonnatrice du Centre de femmes l’Autonomie en SoiE, Laurence Tétreault, est indignée de voir qu’il y a encore autant de violence faite aux femmes malgré toute la sensibilisation qui se fait depuis plusieurs années. « La violence persiste, malheureusement. Il y a des responsabilités à plusieurs niveaux. Individuellement, nous avons tous une responsabilité. Peut-être qu’on ne s’indigne pas assez ou que nous sommes trop tolérants face à cette violence. Il y a aussi une certaine pression qui vient de la société et des crises dans laquelle on se trouve, comme par exemple la crise du logement ».

Mme Tétreault considère que la difficulté à se trouver un logement contribue au fait que certaines femmes en situation de violence doivent y rester parce qu’elles n’ont pas d’autres endroits où aller. Les ressources sont pleines. Elles manquent de financement. Avec la crise du logement, les logements sont très difficiles à trouver. Ils sont très dispendieux et les propriétaires sont très sélectifs. Ils ne veulent pas trop de femmes seules ou de femmes monoparentales. Ça contribue à mettre une pression sur la femme qui voudrait se sortir d’une telle situation », déplore-t-elle.

Aller chercher de l’aide

Laurence Tétreault aimerait que les hommes n’hésitent pas à aller chercher de l’aide lorsqu’ils en sentent le besoin. « Ce n’est pas normal d’avoir des envies de mort face à sa conjointe. Cela ne doit pas être toléré ou accepté. Toutes les problématiques sont plus lourdes maintenant. Le contexte est difficile et les gens peuvent rencontrer plus de problèmes en même temps, que ce soit l’accès à un logement, des difficultés à se nourrir, des problèmes de santé mentale ou de consommation. C’est dur maintenant à traiter parce que c’est multifactoriel ».

Le Centre de femmes l’Autonomie en soiE fait de l’accompagnement individuel, ainsi que de la sensibilisation et de l’éducation populaire auprès des femmes sur la condition féminine et sur les droits des femmes.

« Du lundi au jeudi en après-midi, on propose une activité où les femmes sont invitées à venir socialiser. C’est là que nous faisons beaucoup d’échange informel et qu’on fait de l’éducation populaire. Les participantes peuvent ainsi briser l’isolement. Plusieurs viennent pour reprendre confiance et un peu de pouvoir sur leur vie », indique la co-coordonnatrice.

La clé sur la porte

La clé sur la porte est une maison d’aide et d’hébergement pour les femmes et les enfants victimes de violence conjugale. La coordonnatrice de l’organisation, Valérie Grégoire, indique que la violence est difficile à expliquer. « Depuis quelques années, on parle plus de violence. On n’explique pas vraiment la hausse de cette violence qui mène jusqu’au féminicide. Les conjoints se servent beaucoup des féminicides pour faire peur en laissant entendre qu’ils pourraient faire pareil. Ils maintiennent les femmes dans la peur de cette façon », explique-t-elle.

Mme Grégoire précise cependant que c’est important que les médias le mentionnent lorsqu’il y a un féminicide. « Il ne faut pas arrêter de parler de la violence conjugale, aller plus loin sur les conséquences d’un féminicide. Il y a des hommes qui se servent de cela. Il y a des femmes qui ont peur de sortir ».

La sensibilisation demeure très importante. « Il faut que la population arrête de penser que la violence conjugale c’est intime et privé et que ça ne nous regarde pas. Ça regarde tout le monde. Un féminicide a des impacts sur la famille, les amis, le travail ou l’école. C’est bouleversant de voir quelqu’un se faire tuer par quelqu’un qui est supposé  l’aimer. La socialisation est très importante. Nous, on travaille beaucoup à sensibiliser du primaire jusqu’à l’âge adulte. Lorsqu’on voit de la violence conjugale, il faut dénoncer. Il faut apprendre comment aider. Les gens peuvent nous appeler pour savoir comment aider une collègue ou une amie. Ça se fait de plus en plus. Nous avons des employeurs qui nous appellent pour savoir quoi faire pour une employée vivant de la violence à la maison », affirme Mme Grégoire.