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Démolition de la Goodyear

L'avenir de nos vieilles bâtisses

Paul-Henri Frenière

Au début de 2014, l'ancienne usine Goodyear croulera sous le pic des démolisseurs. Telle est la décision du nouveau conseil municipal qui, semble-t-il, ne voyait aucun intérêt à conserver cette construction qui témoigne du patrimoine industriel de Saint-Hyacinthe. Ce n'est pas la première fois qu'une démolition suscite la controverse.

Une section de l'usine Goodyear.Les raisons invoquées sont toujours les mêmes : des raisons économiques. Mais se pourrait-il que certains vieux édifices ou maisons ancestrales devaient être conservés, ne serait-ce que par respect pour nos bâtisseurs et par devoir de mémoire?

« Ce n'est pas tout qui mérite d'être gardé, c'est certain, mais il faudrait au moins que l'évaluation soit faite par des gens avisés et compétents ». Celle qui parle, c'est Élisabeth Gauthier. Cette Maskoutaine s'est activée depuis au moins quatre ans pour la conservation et la restauration de l'usine Goodyear et des autres bâtiments industriels situés dans le secteur Sacré-Coeur, près de la voie ferrée, dont E.T. Corset et la Compagnie d'orgues canadiennes.

Dès 2009, elle a déposé une pétition de 526 signatures qui réclamait, entre autres, la création d'un plan d'intégration architecturale pour encadrer l'aménagement du secteur et de mandater un architecte compétent en patrimoine pour qu'il fasse ses recommandations.

« Mais la ville n'a rien fait » déplore-t-elle. Pendant que la bâtisse continuait à se détériorer, Élisabeth Gauthier a multiplié ses démarches. Elle a même fait des recherches et consulté des experts pour alimenter son argumentation auprès des autorités municipales.

Plusieurs démarches

En janvier 2011, elle écrivait que selon les historiens consultés : « les bâtiments de la rue Delorme témoignent du passé industriel de notre ville. Le rapport de la Commission du patrimoine de la MRC des Maskoutain du 17 juin 2009 demande de protéger l’ensemble du site et des bâtiments. Sa nouvelle politique du patrimoine va dans le même sens ».

Élisabeth Gauthier.

« Deux autres historiens avec qui j’ai discuté, Martin Dubois de la firme Patri-arch et Raymonde Gauthier, historienne de l’architecture et professeure retraitée de l’UQAM, m’ont dit que ce qui fait surtout la valeur de ces trois bâtiments, c’est leur regroupement, alors que très peu de ces petits complexes industriels sont restés intacts au Québec. Enfin, dans le plan d’urbanisme qu’elle a réalisé pour la Ville de Saint-Hyacinthe l’automne dernier, la firme Plania reconnaît le caractère patrimonial de ce secteur ».

Élisabeth Gauthier a rencontré à plusieurs reprises le propriétaire du bâtiment pour élaborer une proposition à la Ville qui a aussi été rejetée. En novembre dernier, elle avait mis en ligne une page Facebook, Les Amis de la Goodyear et du site des anciennes industries, qui informait les internautes et recevait leurs commentaires.

« J'ai reçu beaucoup d'appui lors de mes démarches, je n'étais pas seule, se console-t-elle. Des citoyens de la ville, des commerçants et, étonnamment, beaucoup de jeunes se sont manifestés. Heureusement, il y a encore des gens qui apprécient le beau ».

Un comité du patrimoine local... enfin

Malgré la décision du conseil municipal d'autoriser la démolition de la Googyear, Élisabeth Gauthier ne perd pas espoir pour l'avenir du patrimoine bâti maskoutain. En fin de parcours, elle avait reçu l'appui de David Bousquet, conseiller du secteur Sacré-Coeur. « Monsieur Bousquet fera partie du nouveau Comité consultatif en patrimoine local » se réjouit-elle.

Il faut dire que même si la Ville a son « Comité de démolition » depuis nombre d'années, personne n'avait jugé bon d'avoir un comité qui se pencherait sur la valeur patrimoniale des édifices à conserver.

Ce n'est que le 18 novembre dernier que le conseil municipal a voté pour la formation de ce nouveau comité, peut-être sous la pression des groupes de citoyens qui s'opposent depuis quelques années à des démolitions, disons, hâtives et peut-être irréfléchies (Maison de Casimir Dessaulles, l'Arche de l'expo agricole, etc.).

Outre le conseiller David Bousquet, le Centre d'histoire et la Société du patrimoine religieux de Saint-Hyacinthe auront leurs représentants et deux citoyens feront partie du groupe qui sera complété par des fonctionnaires municipaux dont le chef de la division Planification au service de l'urbanisme.


 

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