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Évictions av. St-François : Une marche de solidarité pour les locataires

Sylvain Laforest

L’image de la mobilisation de 150 citoyens venus marcher le 07 octobre dernier en soutien aux résidents de l’avenue Saint-François risque de se refléter souvent si aucune mesure n’est bientôt prise pour amener les promoteurs, la Ville, les organismes sociaux et les citoyens à la même table. Les deux points de vue sont diamétralement opposés. D’un côté, la Ville de Saint-Hyacinthe veut favoriser la mixité de la population pour densifier et revitaliser un quartier économiquement moribond, alors que de l’autre, les organismes ne souhaitent pas que le développement se fasse sur la tête des locataires.

« C’est une catastrophe pour les personnes âgées qui demeurent dans ces logements abordables. Nous ne sommes pas contre la densification de la ville, au contraire, mais pourquoi faire ça où il y a déjà du monde, plutôt que dans les nombreux stationnements ? », résume Françoise Pelletier, une résidente du centre-ville très active à la Maison alternative de Développement humain (MADH) et au comité de l’Éco-Quartier. David-Alexandre Grisé, président du Comité Logemen'mêle, ajoute que « la Ville de Saint-Hyacinthe se dégage de ses responsabilités quand elle dit ne pas avoir à se mêler des transactions privées. On a occulté les citoyens, le processus de consultation est insuffisant, et une meilleure concertation est inévitable pour le développement du centre-ville. »

Les conditions de la mixité

« Ça fait 40 ans que la Ville ne bouge pas, mais l’administration actuelle a une vision et veut requalifier le centre-ville qui souffre économiquement, comme en font foi les fermetures de plusieurs commerces, note le directeur général, Louis Bilodeau, soutenu par le maire Corbeil. La Ville doit favoriser le bien commun. »

Richard Mongrain, un Maskoutain engagé qui connaît personnellement la vingtaine de locataires qui attendent l’éviction, pense qu’il est temps de partir une société immobilière au centre-ville pour que les gens puissent décider entre eux et même participer financièrement à l’avenir du quartier. « Les résidents sont trop âgés et n’ont pas le cœur pour se battre et, jusqu’à maintenant, Réseau Selection a offert de les déménager à Belœil pour deux fois le prix. Il faut trouver un logement social bien avant de lancer un tel projet ! » Pour lui, ce projet n’est ni beau ni à la bonne place, et ce n’est qu’un prix de consolation pour le projet initial du promoteur qui a échoué il y a deux ans.

Saint-Hyacinthe voit surtout une solution à long terme dans l’établissement d’un PPU (Programme particulier d’urbanisme) clair. « Lorsque les différents comités, organismes et consultations publiques arriveront à un consensus pour le PPU, ça évitera de répéter les mêmes affrontements pour chacun des projets à venir », indique M. Bilodeau.

Le pouls est faible

En fin de compte, il reste la dimension humaine, le vieux cœur de l’avenue Saint-François qui bat toujours. Cette dame de 98 ans, par exemple, qui enseigne encore le piano et qui habite le même logement depuis 74 ans. Elle a enseigné à des politiciens, à des hommes d’affaires, à des musiciens, à des commerçants et j’en passe. Il y a ses voisins, à peine plus jeunes et dans la même situation. Font-ils le poids face à un projet de 35 millions de dollars ?

« Notre but est d’améliorer leur situation à Saint-Hyacinthe et pas ailleurs. C’est sûr qu’il y a des cas qui font dresser les cheveux sur la tête, mais on doit bouger ou le centre-ville va mourir », tranche le maire Corbeil. Richard Mongrain est inflexible : « Dès que Réseau Sélection déposera son offre, nous devrons déposer une injonction pour régler l’affaire en Cour ! »

 

 

 

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