Culture

Amiante, roman lauréat du Prix des libraires du Québec 2025

Le 29 mai dernier, Sébastien Dulude recevait le Prix des Libraires du Québec pour son texte Amiante, dans la catégorie roman, nouvelle, récit. Photo : Marc-Étienne Mongrain

Le 29 mai dernier, Sébastien Dulude recevait le Prix des Libraires du Québec pour son texte Amiante, dans la catégorie roman, nouvelle, récit. Auteur né à Montréal en 1976, Sébastien Dulude a publié trois recueils de poésie et un essai avant de se consacrer au roman. Il a passé son enfance, de 6 ans à 16 ans, dans le quartier Mitchell à Thedford Mines. Inspiré par ce décor si particulier, la mine grise, violente, l’auteur a su créer une magnifique histoire d’amitié.  Amiante a connu un succès dès sa sortie, tant en France qu’au Québec.

Le petit Poulin, un ami

Juin 1985, dans le quartier Mitchell, Steve Dubois âgé de 9 ans, tombe de son vélo tout près de la maison de Pierre Poulin, père de Charlélie, alias « le Petit Poulin », un enfant de 10 ans, qui déménage ce jour-là. « Une petite débarque, ça arrive, c’est correct, mon ami. Comment tu t’appelles? »   Il l’invite à s’asseoir sur le patio et va chercher un pansement : « Charlélie devrait rebondir dans une minute. […]  Il était apparu, un garçon de mon âge à la dégaine polissonne sur le porche avant. J’avais senti dès la première fraction de seconde du croisement de nos regards, dans sa manière d’opiner du museau vers moi, qu’il était l’ami que je cherchais désespérément. »

Dualité et opposition

Ce roman divisé en deux sections, se déroule sur deux périodes,1985 et 1991, et met en scène deux héros issus de familles très différentes. La mère de Charlélie rédige son doctorat et son père enseigne l’économie.  La mère de Steve, anglophone, originaire de l’ouest de l’île de Montréal et dépressive, n’a pas choisi de vivre à Thedford Mines. Son père, pour sa part, n’a pas complété son DEP.

Les fragments qui composent ce roman, datés avec précision, ne sont pas linéaires. Certains reviennent sur un événement passé ajoutant un nouvel éclairage.  Les éléments s’opposent : l’eau, le feu, l’air, la terre.Tout en contraste, l’auteur décrit bien la grisaille de la mine et la couleur des fleurs que Steve se retient de rapporter à la maison, les oiseaux libres de voler et les ouvriers de cette ville, engouffrés dans la mine, emprisonnés, sans horizon.

À la cabane avec Tintin

Différents, ces deux garçons se complètent.  Au cours de l’été, ils construisent une cabane dans la pinède et partent à l’aventure avec leurs albums de Tintin, un sandwich, des barres tendres et de la gomme aux cerises. « Au fil des journées que nous passions désormais invariablement ensemble, j’ai appris que pour le Petit Poulin, une cabane n’était jamais terminée, que pour le Petit Poulin, un désir ne restait jamais inassouvi. »

Isolés, seuls dans leur repère secret, loin du monde adulte et de la violence des autres garçons de la ville, ils sont protégés comme l’amiante protège du feu. Rien à voir avec le harcèlement et la violence de la vie scolaire. Ensemble, ils collectionnent des coupures de journaux annonçant des catastrophes dans le monde et les collent dans un album. L’année 1986 est riche en tragédies et la vie de Steve en sera très affectée.

Tout est raconté par un narrateur adulte qui comprend ce que les enfants ne saisissent pas au moment de l’action; il a les mots pour nommer les souffrances, les peurs, les émotions, les petites choses, et ce, dans une langue précise et sensuelle. « C’était un matin quintessentiel de ma nouvelle vie d’été, de celle que j’espérais à jamais. Céréales, bonhommes du dimanche à la télé – j’avais souri au générique d’un épisode de Bugs Bunny intitulé « gone fishing », bicyclette, direction le 1354 Coleraine. La saison avait secrété tous ses sucs. Le lourd feuillage des arbres bruissait de nonchalance, la faune était grasse. Tout semblait recouvert d’une infime brume de lait. Les vapeurs légères de nos corps transitaient dans l’air, échangées contre les caresses de la brise. La mine se taisait. »

Bravo à Sébastien Dulude pour ce roman qui nous va droit au cœur.!

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 Amiante. Sébastien Dulude. Éditions La Peuplade, 2024, 209 p.