Marie-Claude Morin
Le 18 octobre dernier avait lieu l’événement de clôture de la Marche mondiale des femmes, un grand rassemblement tenu dans la ville de Québec. Initié par la Marche du Pain et des roses en 1995, cet événement d’envergure mondiale depuis 2000 a lieu tous les 5 ans.
Près de 20 000 personnes étaient présentes pour souligner nos gains dans une ambiance festive. Toutefois, un ras-le-bol collectif était aussi tangible face à la banalisation de toute cette violence envers les femmes et les communautés LGBTQ+.
Nous y assistons quotidiennement, avec une impuissance frustrante et décourageante!
Des luttes qui se renouvellent entre la mémoire, la justice et le désir de nous mobiliser. Mais des luttes qui s’éternisent aussi, parce que nous avons souvent l’impression de devoir recommencer devant certains de nos acquis qui sont constamment menacés.
Au moment où j’écris ce billet, se déroulent les 12 jours d’action contre les violences faites aux femmes, un autre moment fort qui revient chaque année pour rappeler l’ampleur de la violence conjugale et familiale, des violences sexistes et sexuelles, mais aussi pour souligner la persistance des violences institutionnelles et coloniales souvent invisibilisées.
12 jours d’action, 12 jours de résistance, 12 jours pour ne jamais oublier!
Mais aussi 12 jours pour souligner que nos gouvernements en font trop peu pour protéger les femmes et les personnes de la diversité de genre.
Nous avons besoin d’une augmentation significative du financement des services d’hébergement et d’aide aux victimes. Nous avons besoin d’éducation, de formation obligatoire sur la violence conjugale et le contrôle coercitif et une reconnaissance réelle de la gravité des féminicides, accompagnée de prévention. Ajoutons des mesures concrètes contre le racisme systémique et les violences envers les femmes autochtones. Sans oublier une approche intersectionnelle dans toutes les politiques publiques!
Les dates des 12 jours d’action ne sont pas choisies au hasard, le 25 novembre marque la Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes et le 6 décembre souligne le triste anniversaire de la tragédie de l’École Polytechnique de Montréal en 1989, où 14 femmes ont été assassinées, parce qu’elles étaient des femmes.
Malgré tous ces événements, ces prises de conscience collectives, les luttes continuent de stagner. Nous en sommes à plus d’une douzaine de féminicides au Québec en 2025. Et ce ne sont pas des faits divers isolés, ils s’inscrivent plutôt dans un continuum de violences subies dans les sphères privée et publique : contrôle, harcèlement, intimidation, agressions, puis escalade vers des violences plus graves encore.
Avec toute cette banalisation, cette montée des discours antiféministes, cette volonté de nous faire taire, comment pouvons-nous transformer cette indignation en actions concrètes ? Les violences faites aux femmes et aux personnes issues de la diversité de genre n’ont rien d’inévitable. Elles résultent plutôt de structures sociales et politiques qui peuvent être transformées.
Je me permets de clore ce texte en soulignant le courage de Madame Ruba Ghazal, députée de Mercier à l’Assemblée nationale et co-porte-parole de Québec Solidaire, qui s’est tenue debout avec cran pour toutes les femmes en dénonçant des propos misogynes et haineux qu’elle reçoit de façon régulière sur les réseaux sociaux.
Nos revendications et nos actions nous rappellent un message évident : tant que toutes les femmes ne seront pas libres, aucune ne le sera.
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