Marie-Claude Morin
Notre monde est secoué par une multitude de crises : politiques, climatiques et inflationnistes. La crise du logement aussi continue de fragiliser un nombre important de ménages. Des crises qui s’entrecroisent et contribuent à accentuer de manière significative les inégalités entre les femmes et les hommes.
Dans ces contextes difficiles, des mouvements sociaux s’organisent et cherchent à valoriser le travail essentiel de certains groupes, notamment par des journées et des semaines thématiques.
Le Jour de Terre, souligné le 22 avril depuis 1970, nous rappelle qu’il y a beaucoup de travail à faire pour accélérer la lutte contre les changements climatiques et protéger la biodiversité. Cependant, nous reculons devant nos objectifs de réduction des gaz à effet de serre et les organismes environnementaux sont cruellement sous-financés.
La Journée des locataires, ayant lieu le 24 avril depuis quelques années au Québec, revendique un contrôle des loyers, alors que le gouvernement semble s’en laver les mains et laisser libre cours au marché, sans donner les moyens d’agir aux organismes qui défendent les droits des locataires.
La Semaine de l’action bénévole est célébrée au même moment depuis 1943 et vise à reconnaître le rôle essentiel des personnes bénévoles et la différence qu’elles font au quotidien.
Un peu plus récemment, c’est le mouvement Le Communautaire à boutte que nous avons pu voir à l’œuvre, revendiquant une réelle reconnaissance des organismes communautaires. Un mouvement porté par l’indignation et l’espoir, qui passera sans doute à l’histoire et qui s’inscrit dans une lutte pour la justice sociale.
Parallèlement et depuis des décennies, les luttes féministes dénoncent le patriarcat et ses multiples formes de domination. L’urgence environnementale n’est pas qu’une crise écologique : elle est aussi sociale, politique et profondément genrée. La crise du logement impacte davantage les femmes qui sont surreprésentées chez les locataires. Le milieu communautaire est porté à bout de bras par des femmes et on compte un nombre important de femmes parmi les personnes bénévoles.
La chercheuse Marianne-Sarah Saulnier de l’Observatoire québécois des inégalités, expose bien la situation des inégalités sociales, économiques et culturelles que vivent déjà les femmes, inégalités exacerbées par les multiples crises.
Les femmes sont souvent plus pauvres et moins protégées, donc plus exposées aux risques comme les catastrophes naturelles, l’insécurité alimentaire ou la violence. Les rôles sociaux comme les tâches domestiques, l’agriculture et les soins les rendent parfois plus dépendantes de l’environnement et donc plus touchées par sa dégradation.
Les chercheuses Eve-Lyne Couturier et Julia Posca de l’Institut de recherches et d’information socioéconomiques (IRIS) démontrent également l’amplification des inégalités entre les femmes et les hommes lors des crises dans leur publication « Inégales dans la tourmente ».
Durant les crises, la charge mentale des femmes augmente, tout comme leur exposition à la pauvreté et à la violence. Les groupes déjà marginalisés, comme les femmes racisées, pauvres, handicapées ou immigrantes, sont encore plus touchés. Sans compter qu’il arrive que les politiques ou les plans de relance économique ne corrigent pas ces inégalités, car ce sont les secteurs à prédominance masculine qui en bénéficient, comme les milieux de la construction ou de l’industrie, alors que les secteurs à prédominance féminine comme la santé ou l’éducation se voient souvent négligés.
Ces crises que nous traversons et que nous continuerons de traverser sont loin d’être neutres. Les luttes féministes deviennent alors des facteurs déterminants de transformation sociale dans une perspective intersectionnelle.
En s’organisant et en revendiquant leurs droits, les femmes ne défendent pas uniquement leur place dans la société, mais contribuent plus largement à atténuer toutes ces crises pour l’ensemble de la population.
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