Opinion

Générations deboutte : 60 ans plus tard, certains aimeraient encore nous faire taire et que l’on reste à genoux

Cette année, à l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, le Collectif du 8 mars rend hommage à ces femmes qui se sont levées dans les années soixante, liant féminisme et justice sociale en luttant contre le patriarcat, le colonialisme et le capitalisme.

Elles ont, ensemble, refusé d’être reléguées au silence et à l’effacement.

En 1969, 165 femmes sont arrêtées lors d’une manifestation de nuit et emprisonnées sous prétexte que les femmes ne sont pas censées occuper la rue.

Une répression qui engendre de la colère et donne naissance au Front de libération des femmes du Québec (FLF), qui maintient haut et fort que les femmes sont encore et toujours opprimées. Le FLF publie une première édition du journal Québécoises deboutte, visant à informer les femmes sur la politique, leurs droits et l’importance des luttes en cours. L’ouvrage ayant été accueilli favorablement, c’est le Centre des femmes de Québec qui poursuivra le travail de publication après la dissolution du FLF en 1971. Ce sont 9 volumes qui seront publiés entre 1972 et 1974.

L’hommage que l’on rend à ces femmes avec le slogan du 8 mars de cette année nous rappelle que nous devons continuer de nous tenir deboutte!

Cette posture politique, nous devons lutter à tout moment pour la conserver.

Deboutte en réaction aux 7 féminicides qui ont été commis depuis le début de l’année, nous exigeons que l’État protège les femmes et leurs enfants.

Deboutte face au mouvement masculiniste qui prend de l’ampleur, nous exigeons que nos enfants soient éduqués convenablement pour que la violence passe de banale à inacceptable.

Elizabeth Lemay, chroniqueuse à Radio-Canada, a abordé la crise de la solitude masculine sous un angle féministe, soulignant que cette solitude est signe de l’affranchissement des femmes, puisque les hommes alliés, qui eux nous traitent adéquatement, ne sont pourtant pas seuls.

Radio-Canada a succombé à la multitude de discours haineux reçus et a choisi de simplement retirer la chronique. En posant ce geste, la société d’état a donné raison à ceux qui désirent exclure les femmes de la sphère publique.

Nombreuses sont les personnes qui ont choisi d’appuyer publiquement la chroniqueuse.

Récemment aussi, nous prenions  connaissance d’une situation pour le moins troublante : une adolescente de 14 ans, qui est passée à deux doigts de mourir poignardée après avoir refusé les avances d’un jeune homme.

Cette jeune femme a eu l’immense courage de dénoncer son agresseur et de partager son histoire dans les médias afin de prévenir d’autres situations similaires.

C’est loin d’être facile de se tenir deboutte suite à de tels événements.

Parce que la peur au ventre, elle ne nous quitte jamais.

De l’autre côté de l’océan, Virginie Despentes écrivait dans Cher connard (2022) : « Imagine qu’à la place des femmes qui sont tuées par des hommes, il s’agisse d’employés tués par leurs patrons. L’opinion publique se raidirait davantage. On se dirait, ça va trop loin. […] C’est quand tu transposes que tu réalises à quel point le féminicide est bien toléré. Les hommes peuvent te tuer. »

Nous restons deboutte, malgré la peur, parce que l’actualité nous rappelle que les luttes du FLF, groupe que l’on disait radical, ont toujours leur place et n’ont rien de radical.