Marie-Claude Morin
Je ne suis certainement pas la seule personne à ressentir un profond malaise face à l’augmentation rapide des inégalités dans les dernières années au Québec. Nous avons d’un côté une tranche importante de la population qui voit sa facture d’épicerie, son loyer et toutes ses autres dépenses essentielles augmenter plus rapidement que ses revenus, et de l’autre côté une minorité de personnes qui accumulent des richesses importantes et ont accès à l’évitement fiscal.
Il ne s’agit pas ici d’une question qui est uniquement de nature économique, elle est aussi profondément politique. La pauvreté, c’est un choix de société et tant que les élu-es choisiront de couper dans nos programmes tout en favorisant les baisses d’impôts, rien ne changera. Les organismes communautaires seront encore de plus en plus sollicités et les ménages à faible revenu continueront d’être en mode survie.
La solution à long terme, pour assurer une réelle transformation sociale est assurément le financement adéquat et surtout récurrent de nos systèmes. Ça, on le sait. C’est ici qu’arrive le débat qui fait tant réagir : la taxation de la richesse et du patrimoine. Une idée qui divise autant les personnes millionnaires que les personnes de la classe moyenne. Mais, une idée qui serait pourtant drôlement efficace pour remplir les coffres de l’État et pour lutter efficacement contre la pauvreté, en redistribuant tout simplement cette richesse par des politiques publiques profitables à toute la population.
Monsieur Guillaume Hébert de l’Institut de recherche et d’informations socioéconomiques (IRIS) a d’ailleurs signé une étude fort pertinente démontrant que le Québec s’est privé de recettes importantes depuis les années 1990 avec les nombreuses baisses d’impôts, le tout mettant évidemment en péril nos programmes sociaux.
Madame Claire Trottier, philanthrope, entrepreneure et présidente de Patriotic Millionaires Canada, via une lettre ouverte dans La Presse intitulée « Taxer les riches : une idée solide et rigoureuse », affirme qu’« […] on doit apporter des changements à nos systèmes économiques de manière audacieuse et novatrice, en commençant par une taxe sur la richesse ». Elle ajoute que « […] les ultrariches ne contribuent pas autant, en proportion à leurs moyens, que les travailleurs ».
Ce qui est fort dommage, c’est que l’étude de Monsieur Hébert et le message de Madame Trottier ont fait beaucoup moins de bruit que celui du multimillionnaire qui a signé un texte beaucoup trop émotif sur les réseaux sociaux, où les mots revenant le plus souvent sont « vos yeules ». Semblant se sentir attaqué personnellement, il affirme haut et fort que lui il prend des risques, que lui il travaille fort.
Tout le monde prend des risques.
Tout le monde travaille fort.
Les propriétaires de PME, les personnes qui travaillent dans le communautaire, dans les CPE, les écoles, les hôpitaux, les ministères, dans le commerce de détail, la restauration, les industries (…) Les personnes qui sont en mode survie 365 jours par année, elles aussi travaillent fort pour simplement vivre dans la dignité.
En cette période électorale qui débute, il serait important que les partis en lice considèrent cette problématique et arrêtent d’avoir peur de déplaire aux ultrariches en leur demandant simplement de contribuer à notre filet social et de payer leurs impôts de façon équitable et à la hauteur de leurs moyens.
À celles et qui ceux qui ont pris des risques au Québec et sont devenu.es millionnaires, tant mieux pour vous. Mais, je me permets de vous poser la question suivante : auriez-vous pris autant de risques dans un autre endroit dans le monde où il n’existe pas de filet social ?
C’est donc à votre tour maintenant de faire votre part.
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