Opinion

L’école qui fabrique des inégalités

FREEPIX

La campagne électorale, qui est déjà bien entamée, laisse beaucoup de questions en suspens en ce qui concerne notre précieux système d’éducation. Précieux et surtout riche du nombre impressionnant de personnes dévouées et forts compétentes qui y travaillent et qui ont réellement à cœur d’enseigner à nos enfants à devenir des citoyennes et des citoyens critiques, engagés et responsables.

Pendant que l’on s’obstine à soutenir que le système scolaire à trois vitesses n’existe pas, que l’on promet 1000 $ par nouveau bébé à placer dans un Régime enregistré d’épargne études (REEE) ou que l’on annonce vouloir organiser des états généraux à la hâte, on passe à côté du vrai débat de fond en ce qui concerne notre système d’éducation, c’est-dire : est-ce que tous les enfants partent réellement avec des chances égales de réussite ?

Monsieur François Fournier, chercheur à l’Observatoire québécois des inégalités, a publié un rapport très pertinent l’an dernier, intitulé « Inégalités sociales, scolaires et de santé : repenser le chemin vers l’égalité des chances ». On y aborde deux sujets, qui sont la plupart du temps traités séparément, en démontrant bien le rôle de l’éducation sur la santé.

Autrement dit, plus une société est instruite moins elle sera malade.

Nous sommes toutes et tous égaux devant la maladie, c’est certain, mais il est démontré que les personnes peu scolarisées sont plus à risque d’être sans emploi, donc possiblement de vivre dans la précarité. Une précarité alimentaire et/ou résidentielle peut ultimement mener à des troubles de santé.

Plus récemment, un article paru à Radio-Canada met en lumière un autre rapport, celui-là produit par la Direction régionale de santé publique de Montréal, faisant état des inégalités causées par le système à trois vitesses. Le privé, très onéreux et qui sélectionne les meilleurs. Les programmes enrichis du public, où les parents doivent débourser aussi des sommes importantes et les élèves doivent maintenir de bonnes notes. Et finalement, le régulier, là où sont surreprésentés les élèves en difficulté ou venant de milieux plus défavorisés.

Ce qu’il faut retenir ici, c’est que l’éducation va bien au-delà d’une préoccupation pédagogique ou budgétaire, avec des élèves qui entrent dans des cases selon leur niveau de difficulté ou les capacités financières de leurs parents. Selon l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ), l’éducation fait bel et bien partie des facteurs déterminants de la santé publique, mais sur le terrain, on observe plutôt une société qui laisse plus d’un jeune défavorisé sur cinq quitter l’école sans diplôme, donc une société qui fabrique, génération après génération, des inégalités de santé qui finissent par avoir un coût important, humainement et collectivement, des décennies durant.

Bien entendu, des états généraux seraient pertinents, mais il serait important de prendre le temps de bien faire les choses et d’écouter les personnes expertes qui font vivre ce système, et qui chaque jour observent les symptômes d’une situation que l’on refuse de nommer. Nous avons les moyens d’offrir à tous nos enfants un enseignement de qualité axé sur leurs forces où ils partent avec des chances égales. Le vrai débat, celui que l’on tasse depuis trop longtemps, ce n’est pas de savoir combien de programmes particuliers on doit ajouter ni dans quelle langue on doit étudier au cégep. C’est de savoir si on est collectivement prêts à repenser l’architecture même de notre système scolaire pour qu’il cesse de reproduire ces inégalités persistantes.