Opinion

La suppression du PEQ est une honte

Photo : FREEPIX

Il m’arrive d’avoir honte des gens qui nous gouvernent. Je fais ici référence à la gestion de l’immigration par le gouvernement Legault, principalement son changement de cap orchestré par son ministre Jean-François Roberge.

Il y a quelques mois, le gouvernement québécois a décidé de mettre fin au Programme d’expérience québécoise (PEQ). Ce programme permettait d’accueillir les étudiants et travailleurs étrangers en leur offrant une voie rapide vers la résidence permanente, après l’obtention de leur diplôme ou deux ans de travail. Grâce à sa simplicité, le programme fut particulièrement populaire auprès des personnes qui voulaient s’établir au Québec.

Cherchant à réduire le nombre d’immigrants permanents, la CAQ a lancé un nouveau programme, le Programme de sélection des travailleurs qualifiés (PSTQ), basé sur un système de pointage portant entre autres sur la connaissance du français, le lieu d’emploi et le champ d’expertise. Le nouveau programme se fait sur invitation, jetant ainsi dans l’incertitude bien des immigrants qui doivent renouveler leur permis de travail.

On peut comprendre que le gouvernement veuille réduire le nombre d’immigrants qui semblaient hors de contrôle ces dernières années. Mais fallait-il pour autant renier la parole donnée? Aurait-on pu permettre aux personnes venues grâce à l’ancien programme de compléter leur processus pour la résidence permanente, tel que promis au départ?

Il faut rappeler que beaucoup de ces immigrants ont été recrutés pour combler les nombreux postes vacants au Québec, que ce soit dans le domaine de la santé, de la construction, de la petite enfance ou dans les nombreuses usines qui ne pourraient opérer sans l’apport de travailleurs étrangers.

Beaucoup d’entre eux sont venus avec leur famille, parlent français (plusieurs viennent même de France!), sont qualifiés et sont déjà bien intégrés dans leur nouvelle communauté.

Ce changement de cap du gouvernement Legault a été dénoncé de toute part, notamment par les maires de Québec et de Montréal, Bruno Marchand et Soraya Martinez Ferrada. D’anciens employés du ministère de l’Immigration sont même sortis de leur devoir de réserve pour demander au ministre Roberge de faire preuve de décence:

« La suppression du PEQ sans préavis a des impacts majeurs sur la vie de milliers de personnes qui étudient et travaillent au Québec et est pour eux une source de profonde détresse », ont-ils écrit dans une lettre ouverte publiée le 19 décembre.

Pour toute réponse, le ministre Jean-François Roberge s’est défendu en affirmant que le nouveau programme est un « meilleur outil » que l’ancien et en rejetant la faute sur le gouvernement fédéral qui a lui aussi resserré ses conditions d’admission, argument toujours facile quand vient le temps de défendre une mauvaise décision.

Il est honteux de voir un gouvernement renier la parole donnée et rester insensible aux gens qui sont au Québec en  apportant leurs talents et en venant combler la pénurie de main-d’œuvre. Il serait si facile de leur donner un droit acquis et de leur permettre de compléter leur processus vers la résidence permanente.

Ce ne sont pas ces immigrants qu’on devrait retourner dans leur pays, mais plutôt ce gouvernement qu’on devrait renvoyer et qui est devenu indigne d’un grand nombre de Québécois.