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Deux prix littéraires pour un premier roman : La trajectoire des confettis.

Anne-Marie Aubin

Marie-Ève Thuot, née à Saint-Jean-sur-Richelieu, – comme certains de ses personnages – signe un premier roman imposant (plus de 600 pages), lequel s’est mérité ce printemps le Prix des Libraires du Québec et le Prix des rendez-vous du premier roman. La trajectoire des confettis raconte une saga familiale qui se déroule de 1899 à 2027.  Parmi les thèmes chers à l’auteure il est question de la famille québécoise, de la sexualité, des femmes et de la maternité, de l’histoire et l’avenir de notre société. Une intrigue bien ficelée, une lecture captivante et riche en informations.

Le mystérieux Xavier

Le roman débute avec Xavier, un personnage intrigant. Barman chez Hélie, il est troublé par une cliente de passage au bar. Cette fille, qui change continuellement de prénom, lui rappelle un souvenir douloureux révélé un peu plus loin dans le texte. Ce jeune homme attachant appartient à une famille atypique qui s’inscrit dans le temps du XIXe au XXIe siècle. Traumatisé par son passé, il apprend à s’ouvrir sur le monde grâce à Raphaëlle, cette mythomane rencontrée au bar.  En plus de son demi-frère Justin, Xavier a deux frères :  Zack, en couple ouvert avec Charlie, et Louis, qui multiplie les conquêtes.

Plusieurs personnages s’expriment à tour de rôle, par fragments. Nous valsons dans le temps et dans l’espace. À la lecture,  le casse-tête se construit; le lecteur constate que rien n’est laissé au hasard, que tout est lié.

Place aux femmes

Malgré le fait que les personnages principaux soient des hommes, il est beaucoup question des femmes dans le texte. D’abord, de celles qui vivent autour d’eux puis, de façon plus large, de ces générations de femmes qui sont passées de la procréation à la liberté sexuelle, parfois sacrifiées à la naissance d’un bébé au cerveau trop gros. Tout cela bien sûr avant la contraception, l’avortement, la ligature des trompes… Il est aussi question des femmes de demain, comme Rosalie qui déclare à 6 ans ne jamais vouloir d’enfant et qui à 18 ans quitte le pays pour se faire ligaturer les trompes. Elle adhère à la philosophie extinctionniste et lutte avec ses amies pour sauver la planète, pour libérer la sexualité. Puis Raphaëlle qui nous fait penser à l’auteure : «Je pourrais écrire un roman. Quelque chose de plus substantiel… Peut-être une saga familiale sur quatre-cinq générations…»

Marie-Ève Thuot cite plusieurs écrivains, penseurs et philosophes tels Freud, Schopenhauer, Rostand, Huston… des propos des plus misogynes aux plus féministes.

« Rousseau l’a dit : « Les femmes en général n’aiment aucun art, ne se connaissent à aucun et n’ont aucun génie. » Dans le monde entier, ce sexe n’a pu produire un seul esprit véritablement grand, ni une œuvre complète et originale dans les beaux­arts, ni en quoi que ce soit un seul ouvrage d’une valeur durable. Arthur Schopenhauer »

Un portrait social et historique

Sans jamais glisser dans le roman à thèse ou le jugement, l’auteure inscrit des personnages réels et divers événements historiques dans le déroulement : l’échec du référendum, la revanche des berceaux, le passage au nouveau millénaire… Comme quoi la trajectoire d’un couple, tout comme celle d’un peuple, est faite de croisements, de rencontres :  «Mais le hasard fait peur, il nous dénie le contrôle. Il affaiblit notre impression de nécessité, de cohérence, de destin.»

Le roman peut parfois paraître un peu longuet, il y a quelques répétitions de faits ou d’événements racontés par plus d’un personnage comme pour ajouter à la véracité. Mais Marie-Ève Thuot réussit habilement ce projet ambitieux, elle maîtrise l’intrigue de cette saga avec une efficacité, un certain humour et un style très personnel.  

 

Marie-Ève Thuot, La trajectoire des confettis.  Les Herbes rouges, Montréal, 2019, 624 pages.

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