Roger Lafrance
Il est impossible de dissocier les pommes et Rougemont, tout comme les bleuets et le Saguenay-Lac-Saint-Jean. La région de Saint-Hyacinthe possède-t-elle ses produits du terroir?
D’abord, qu’est-ce qu’un produit du terroir? On ne peut pas accoler cette appellation à tout ce qui pousse dans une région. La meilleure définition que nous ayons trouvée est celle-ci : « une denrée alimentaire qui représente la particularité géographique, historique et culturelle d’un territoire » (source : le site internet www.tempsgourmand.fr)
Les terres de la région maskoutaine sont parmi les plus fertiles au Québec. Son agriculture, elle, a grandement évolué depuis l’arrivée des premiers colons. Au départ, la région a été reconnue pour sa production de céréales. Dans un recensement effectué en 1830, les céréales (blé, avoine, orge, seigle) représentaient les deux tiers des récoltes de la région, suivi par les pommes de terre et les pois.
Par la suite, la production laitière s’est popularisée, soutenue par les nouvelles techniques de conservation et la transformation du lait. Il fut une époque où bien des villages avaient leur beurrerie ou leur fromagerie. Aujourd’hui, la production laitière a fait place à d’autres productions.
Notre agriculture est particulièrement diversifiée, Selon des données publiées sur le site de la MRC des Maskoutains, la production céréalière et protéagineuse accapare 40 % de la production agricole de la région, suivie par le porc (16 %), la production laitière (12 %), la volaille (9 %), les cultures horticoles et maraîchères (8 %) et les bovins (8 %).
Cette grande diversité explique sans doute pourquoi la région maskoutaine n’a jamais cherché à se doter d’un produit du terroir emblématique. Tout y pousse bien! C’est en soi une grande richesse.
Un produit du terroir est lié à l’histoire mais aussi à la culture. Parmi les produits que nous avons célébrés, plusieurs se souviennent encore du Festival de la fraise de Sainte-Madeleine. Toutefois, de nombreux producteurs ont cessé leurs activités au fil des années, même si les Fraises Gadbois font la renommée de Saint-Barnabé-Sud.
Impossible d’oublier le Festival du maïs de Saint-Damase, aussi disparu il y a quelques années. Par contre, bien des kiosques de fruits et légumes dans la région soulignent que leur maïs provient de Saint-Damase.
Et si le maïs devenait le produit emblématique de la région? Il occupe une part importante dans nos champs, il sert autant à l’alimentation humaine que des troupeaux. C’est un produit qui nous a laissé une tradition bien ancrée chez nous (les fameuses épluchettes de blé d’Inde!) et qui a une grande utilisation en cuisine. De plus, il provient de l’héritage que nous ont laissé les peuples autochtones.
Définir un produit du terroir peut être porteur pour une région. D’abord sur le plan touristique et sur les tables des restaurants, mais il peut aussi s’avérer un élément important pouvant rehausser la fierté et l’identité d’une région.
Avouons que ça mérite de s’y pencher.
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Une cuisine régionale propre à Saint-Hyacinthe?

Existe-t-il une cuisine régionale propre à la région de Saint-Hyacinthe? Avons-nous un mets typique ou un produit du terroir maskoutain? Ça fait longtemps que je me pose ces questions. Tentons d’y voir plus clair.
Une cuisine régionale fait appel à l’histoire d’une région ou à la tradition locale. Nous avons d’abord posé la question au Centre d’histoire de Saint-Hyacinthe. Celui-ci n’a malheureusement pas d’informations sur ce sujet.
Il ne semble pas non plus qu’un livre de recettes locales ait été produit. Juliette Lassonde a tenu pendant longtemps une chronique culinaire dans Le Courrier de Saint-Hyacinthe et a même publié quelques livres de recettes. Toutefois, ceux que nous avons consultés s’attardent davantage à la gastronomie qu’à la cuisine régionale.
Dans les faits, la seule tradition qu’on peut trouver est celle des fèves au lard du dimanche matin. Plusieurs se souviennent encore des gens qui faisaient la file à la Boulangerie Pinsonneault pour y acheter leur pot de fèves au lard accompagné d’un pain et de beignes dans le sirop. Certains dimanches, la file s’allongeait jusqu’au trottoir! On y rencontrait toujours quelqu’un qu’on connaissait.
Avec la disparition de ce commerce du centre-ville, la tradition se poursuit encore chez certains dépanneurs, tout comme à la Boulangerie Ménard de Saint-Dominique.
Cette tradition a d’ailleurs été relevé dans la série de livres Histoire de la cuisine familiale du Québec, dans le tome portant sur la plaine du Saint-Laurent. L’auteur Michel Lambert est un spécialiste de la cuisine familiale au Québec, ayant accumulé une quantité impressionnante d’informations sur le sujet. Ça tombe plutôt bien : il a lui-même habité la région maskoutaine durant plusieurs années.
« Il semble que, dans votre région, on n’ait pas fait beaucoup d’efforts pour mettre en valeur les produits issus de votre histoire », a-t-il confié en entrevue à Mobiles.
Dans son livre, il cite les Mémoires de l’ancien-politicien T.-D. Bouchard. Ce dernier raconte en effet que nos ancêtres maskoutains avaient l’habitude d’aller porter leurs contenants aux boulangeries de la ville le samedi et de revenir les chercher le lendemain matin avec les fèves au lard qui avaient cuit durant la nuit.
Définir l’identité culinaire de la région
Il est impossible de parler de la cuisine d’une région sans aborder l’agriculture. Michel Lambert rappelle que le blé a été une culture importante chez les premiers colons de la région car le pain était à la base de l’alimentation de nos ancêtres. Dans les paroisses près du Richelieu, les agriculteurs transportaient leurs grains à Saint-Mathias et à Saint-Jean-Baptiste où ils étaient acheminés par bateau dans les grandes villes comme Montréal et Québec.
Malheureusement, lorsque le blé a été frappé par un insecte ravageur à partir de 1830, les agriculteurs ont dû se tourner vers d’autres cultures comme l’avoine, l’orge, le seigle et… les légumineuses!
« Avec l’apport de chefs cuisiniers, les fèves au lard pourraient certainement devenir la base d’un renouvellement de la cuisine traditionnelle régionale», soulève Michel Lambert.
À son avis, définir une identité culinaire propre à Saint-Hyacinthe pourrait avoir des retombées importantes sur le tourisme local et l’image de la région, comme ce fut le cas pour la gibelotte de Sorel et la tourtière du Lac-Saint-Jean.
Il n’est d’ailleurs pas le seul à s’intéresser à la question. On apprenait récemment dans un article de La Presse qu’une étude était en cours pour définir l’identité culinaire en Montérégie, en lien avec le secteur touristique. Cette étude se penchera certainement sur les mets qui ont forgé la région maskoutaine.
Sait-on jamais : peut-être qu’un jour, les fèves au lard deviendront un mets emblématique de la région de Saint-Hyacinthe…



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