• Culture
Livres

Le pouvoir des contes

Anne-Marie Aubin

Pourquoi ne pas profiter du confinement pour lire des contes? Les petits aiment les écouter, les plus grands sont fiers de pouvoir les lire eux-mêmes et qui sait peut-être les raconteront-ils un jour?

Tout le monde peut raconter. Pourquoi pas devenir conteur auprès des siens? Nos ancêtres racontaient dans les veillées, en famille. Certains contes ont traversé les siècles et les frontières grâce à la tradition orale.  De nos jours, plusieurs auteurs s’inspirent des contes traditionnels pour créer des contes modernes parodiant les classiques et offrant des héroïnes plus féministes. Voici donc une sélection de contes pour tous les âges.

Le loup, le canard et la souris – pour les petits

Une souris se fait dévorer par un loup. Une fois dans le ventre du loup elle rencontre un canard qui est allongé dans son lit. « J’ai peut-être été avalé, mais je ne compte pas être mangé » explique le canard qui apprécie d’être confiné dans le ventre du loup. Ensemble, le canard et la souris dansent, cuisinent, font tout un tapage… le pauvre loup en souffre beaucoup.  Superbe album de Mac Benett illustré avec humour par Jon Klassen.

52 contes pour fêter le monde entier – à lire en famille

Angela McAllister signe un grand album cartonné qui étale ses contes de janvier à décembre en raison d’un conte par semaine. Issus de différents pays, les textes en lien avec les fêtes du calendrier sont illustrés par Christopher Corr.

Le livre s’ouvre sur le Nouvel an avec: Les présents du Roi Givre, une version russe du célèbre conte : Les fées. En février, le jour du Mardi gras, on trouve : La promenade de la galette, une version allemande du Petit bonhomme de pain d’épice. Au fil des semaines, on souligne les fêtes célébrées dans différents pays et on propose un conte en lien avec la thématique. Lire une histoire par semaine, voilà une belle façon de s’initier au conte en voyageant autour du monde à travers les époques. De belles découvertes!

La plage dans la nuit, la force de l’amour maternel

Elena Ferrante, auteure de la populaire saga « L’amie prodigieuse », a publié un premier album pour la jeunesse : La plage dans la nuit. Ce récit est narré au « je » par Célina, la poupée abandonnée sur la plage par Mati, sa « maman ». Il faut dire que Mati a rapidement quitté la plage avec son papa qui venait de lui faire cadeau de Minou, un petit chaton. Célina a eu beau crier, Mati n’entend que son chat.  « Je ne l’aime pas ce chat… je le déteste. »

Au cœur de la nuit noire, sur la plage déserte, la poupée entend le bruit de la mer qui s’accentue, déchirée entre la vague froide de la mer et la chaleur du feu.  Tout prend une allure fantastique quand le cruel plagiste veut retirer les mots dans son ventre… Célina ne veut pas devenir une poupée muette et idiote, elle croit en la puissance de l’amour maternel : « Mati et moi, nous sommes comme mère et fille. C’est pour ça qu’elle n’a pas pu m’oublier, c’est impossible. » 

Les illustrations de Mara Céri rendent bien les émotions de peur, de rejet et de chagrin. Nous sommes dans la tête de la poupée, à sa hauteur. Au final, le chat n’est plus un rival mais un ami que Mati aime autant que Célina. Une belle histoire qui finit bien.

La barbe du géant, pour les lecteurs débutants

Alain M. Bergeron confie avoir des problèmes de sommeil depuis longtemps. Voilà sans doute l’inspiration de ce héros insomniaque : le Roi Futon. Le manque de sommeil du roi le rend impatient, irritable, colérique… sa fille, la Princesse Valériane,  n’en peut plus et cherche activement une solution. Elle consulte Monsieur Pileau, le seigneur de l’oreiller,  qui suggère d’aller chercher du poil de la barbe du géant pour fabriquer un oreiller qui procure un sommeil assuré. Valériane part en mission avec une centaine de soldats et le barbier Messire de Séville. Après quatre jours de marche, ils découvrent que « le géant habite une grotte immense, creusée dans la pierre, au milieu d’un paysage accidenté. » Une tentative de l’approcher aiguise la colère du géant qui fait trembler la terre.  Heureusement, Valériane a une idée de génie. Depuis, le roi dort sur ses deux oreilles.

Les illustrations de Sabrina Gendron donnent vie aux personnages et stimulent la lecture au fil des chapitres. Le parent qui raconte appréciera l’humour et les jeux de mots de ce conte.

Le prince Piedgauche, histoire de revisiter les contes

Laurence Aurélie signe un conte moderne dans lequel le héros est maladroit tel que son nom l’indique. Le prince Piedgauche habite le royaume des Étourdis et reçoit une mission : retrouver la princesse Mutine kidnappée par le Barbarebleu de la contrée des Massacres.  Le prince accepte volontiers de retrouver Mutine, « celle qui lui a chaviré le cœur. » Bien sûr, il fait face à différents obstacles sur sa route avant d’atteindre la tour aux Massacres, où Mutine est prisonnière.

Cette princesse débrouillarde, sera d’un grand réconfort pour Piedgauche. Quantité de jeux de mots et de référence aux contes traditionnels apparaissent au fil des chapitres, le lecteur s’amusera à les reconnaître, sinon voilà une belle façon de les découvrir. Les illustrations de Fabrice Boulanger offrent un côté « cartoon » aux personnages du conte.

La princesse qui voulait devenir générale; pour les bons lecteurs

La Pangée regroupe trois grands royaumes : celui des Nains, des Elfes et des Humains. Sur ce continent se trouvent également les Nomades, toujours en mouvement. Ces peuples se font la guerre depuis toujours, aussi le Roi, Philippe le 118e, a érigé un mur autour de son royaume pour protéger les Humains.

Son fils Gigi rêve d’être une femme et de chanter comme Dalida, alors que sa fille Emma, rêve de devenir générale. Elle part à la recherche d’un peuple à qui déclarer la guerre afin de réaliser son rêve même si son père, autoritaire à outrance,  affirme que : « Ce sont des choses qui ne se font pas! »

Au fil de son voyage, elle rencontre différents personnages merveilleux : elfes, nains, nomades et constate que les guerres n’ont pas de sens, elle choisit donc d’unifier les royaumes et les peuples.

Sophie Bienvenu inverse les rôles et déconstruit les stéréotypes dans ce conte de fées moderne au vocabulaire riche. À l’occasion, elle interpelle son lecteur : « Comment aurais-tu fait toi pour chasser l’ours ? » Elle aborde le droit à la différence et l’écoute de l’autre : «Nous nous battrons, ensemble, pour que tout soit possible.»

Camille Pomerlo présente des personnages amusants. Son trait de crayon très fin apporte plein de détails réalistes dans cet univers fantastique.

Légendes de la mythologie nordique

Dans la célèbre collection « Que Sais-je? », Patrick Guelpa, traducteur spécialiste des sagas islandaises et des Vikings, a réuni 100 légendes de la mythologie nordique résumées en une centaine de mots. Issus de l’Islande, ces récits nous transportent ailleurs, où vivent les monstres, les déesses et les dieux, les géants et valkyries…Voilà du matériel à raconter.

 

 

**********************

Laurence Aurélie. Le prince piedgauche. Illustrations de Fabrice Boulanger. Soulières éditeur, 2019, 55 p. (Ma petite vache a mal aux pattes, 156)

Mac Barnett. Le loup, le canard et la souris. Texte français de Kévin Viala. Ill Jon Klassen. Scholastic. 2018, 40 p.

Alain Bergeron. La barbe du géant. Illustrations de Sabrina Gendron Soulières éditeur, 2019, 48 p. (Ma petite vache a mal aux pattes, 157)

Sophie Bienvenue. La princesse qui voulait devenir générale. Illustrations de Camille Pomerlo. Éditions de la Bagnole. 2017, 130 p.

Elena Ferrante. La plage dans la nuit. Traduit de l’italien par Elsa Damien. Illustrations de Mara Cerri. Éditions Gallimard Jeunesse, 2017, 40 p.

Patrick Guelpa Les 100 légendes de la mythologie nordique. PUF, 2018, 128 p. Collection : Que sais-je? (4095)

Angela McAllister, 52 contes pour fêter le monde entier. Illustrations de Christopher Corr. Traduction par Emmanuel Gros. Paris, Gallimard, 2017, 216 p.

Écrire un commentaire >

Ajouter un commentaire