Anne-Marie Aubin
Serge Bouchard, animateur à la radio, anthropologue, essayiste, conférencier, philosophe et écrivain bien connu est décédé en 2021 mais demeure toujours bien vivant dans l’esprit de plusieurs. Parmi eux, Olivier Parenteau, professeur de littérature au cégep, a lu tous les livres de Bouchard et a créé un abécédaire inspiré de son œuvre. De A à Z, des mots choisis avec soin ont inspiré Olivier Parenteau, auteur de cet essai réunissant, à la manière « bouchardienne », divers textes brefs. Chacun d’eux ouvre la porte au dialogue et à la réflexion avec le célèbre anthropologue québécois. Peu importe que vous ayez lu ou non son œuvre, vous prendrez plaisir à lire cet abécédaire qui lui est consacré.
La démarche
Parmi la vingtaine de livres de Bouchard, Olivier Parenteau a retenu huit recueils : « ses essais courts publiés seuls et non en collaboration », au total 500 essais publiés entre 1991 et 2022. L’abécédaire, à la manière d’un « dictionnaire amoureux », propose un parcours guidé des lieux et des thèmes chers au « mammouth laineux », accompagné de Parenteau, lecteur passionné : « Mon amour de l’œuvre de Serge Bouchard en est sorti grandi… j’ai fini par voir à travers ses yeux, comme si son regard se superposait au mien. »
De A à Z
Choisir un seul mot, le bon mot, associé à chacune des lettres de cet abécédaire, n’a rien de simple face à l’ampleur de l’œuvre. La lettre A rime avec « amour », car tout le monde aime Serge Bouchard confie Parenteau : « J’ai craqué en lisant Les yeux tristes de mon camion […] quand il parle des camions, Bouchard parle aussi d’une jeunesse passée dans un quartier de l’est de Montréal, d’un passé industriel, du métier de camionneur qui a beaucoup changé, d’un continent immense qui s’étend sur des milliers de kilomètres carrés, et, pour finir, de l’histoire d’une vie qui s’achève, la sienne. » En effet, à la lettre C comme « camion », on retrouve avec émotion ce passage où Serge Bouchard a dû se départir de son cher Mack parce que, limité physiquement dans ses déplacements, il n’était plus en mesure d’y monter.
Parmi les mots associés aux 26 lettres de l’alphabet, certains apparaissent incontournables pour ceux qui connaissent déjà Bouchard : B comme « bestiaire », N comme « nord », F comme « forêts », I comme « imaginaire ». D’autres, comme G pour « gros riches », nous font sourire ou rager.

S comme « sous mon gouvernement » aborde avec humour la politique souvent si triste : « Je n’ai jamais vu dans ses essais la moindre trace d’enthousiasme pour un parti ou un chef politique. Nos gouvernements et leur personnel ne lui inspirent rien qui vaille », raconte Parenteau. Aussi, c’est avec beaucoup d’humour que Bouchard incarne un politicien : « Sous mon gouvernement, pour marquer la fin du secondaire, au lendemain du bal de graduation, dès l’aube, j’enverrais tous les jeunes en forêt profonde, pour un mois bien compté. […] Mon ministère de la Beauté paierait pour toutes les dépenses de cet après-bal, sous la rubrique budgétaire de la santé collective et de l’éducation de fond. « (Serge Bouchard, La prière de l’épinette noire, Boréal, 2022.)
Découvrir ou se souvenir
Riche de ses lectures, Parenteau livre au lectorat néophyte une initiation à l’œuvre bouchardienne et donne envie d’aller lire ses recueils. Quant aux habitués et amoureux de Bouchard, cette riche synthèse de l’œuvre rappelle des souvenirs et relance la réflexion autour des thèmes et passions qui l’ont habité toute sa vie.
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Olivier Parenteau. Serge Bouchard en toutes lettres. Un abécédaire. Éditions Leméac, 2025, 129 p.


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