Félix Tremblay
Je sais que plusieurs sont d’accord avec moi quand je dis que la biodiversité est importante pour la santé des écosystèmes et leur résilience. C’est facile pour plusieurs de l’admettre, mais je sais aussi que très vite on arrive au bout de leur amour du vivant. Prêts à consentir à ce qu’il faille des plantes et des animaux de façon générale, les gens préfèreraient tout de même un monde sans araignées et sans sangsues sous prétexte qu’elles ne servent à rien. Profitons de cette chronique pour donner trois exemples fascinants démontrant qu’au contraire, même les créatures hideuses peuvent servir beaucoup plus qu’on ne le croit.
La sangsue médicinale (Hirudo medicinalis) est une bête qui, dans la nature, se nourrit du sang de ses proies. Pour y parvenir, elle doit les mordre puis empêcher leur sang de coaguler, ce qu’elle fait grâce à une petite protéine : l’hirudine. Pendant plusieurs siècles, on a employé la sangsue pour pratiquer des saignées. Ce traitement, consistant en une ponction plus ou moins importante de sang, était appliqué pour tout et n’importe quoi et, n’est heureusement plus employé de nos jours. Cependant, on a longtemps continué à employer l’hirudine comme agent anticoagulant pour prévenir la formation de caillots dans diverses circonstances.
La limule, (Limulus polyphemus) elle, est un arthropode marin apparenté aux araignées et aux scorpions. Sous son look préhistorique (les vieux fossiles retrouvés ont environ 450 millions d’années), cet animal cache un « sang » de couleur bleue aux propriétés étonnantes. Ce fluide contient des cellules capables de réagir à la présence d’endotoxines bactériennes, ce qui fait qu’on l’utilise depuis environ 50 ans pour s’assurer que du matériel médical et pharmaceutique soit exempt de contaminants. En fait, on l’a tellement utilisé qu’aujourd’hui, le pauvre animal est menacé d’extinction.
Autre exemple : l’araignée banane (Phoneutria nigriventer). Cette dernière habite les régions tropicales de l’Amérique du Sud et possède un puissant venin qui provoque une importante dilatation des vaisseaux sanguins chez ses proies. En plus de conduire à des effets désastreux comme l’insuffisance respiratoire, ce venin est connu pour causer chez ses victimes ce qu’on nomme le priapisme, soit une érection soutenue et douloureuse. Des chercheurs ont réussi à identifier les portions de la molécule responsable de cet effet dans l’espoir de développer un nouveau traitement pour la dysfonction érectile, l’aspect mortel en moins bien entendu.
Je n’ai ressorti ici que trois exemples d’animaux en prenant bien soin de choisir ceux dont l’allure est foncièrement antipathique pour montrer un autre aspect de l’importance de la biodiversité. Mais la liste aurait pu être beaucoup plus longue. J’aurais pu parler de l’aspirine, isolée d’abord de l’écorce du saule, ou des bactéries Clostridium qui furent employées pour obtenir des solvants pour la fabrication de caoutchouc synthétique.
Chaque fois qu’une espèce disparaît, en plus de nuire à l’équilibre de l’écosystème auquel elle appartient, nous sommes privés d’on ne sait combien de choses potentiellement utiles. Et nous, à quoi donc servons-nous? Je vous le demande.


Sujet très intéressant. Merci de ces informations.