Alexandre D'Astous
Le maire de Saint-Hyacinthe, André Beauregard, est catégorique à l’effet que l’eau potable doit s’imposer comme une priorité municipale incontournable afin de garantir un approvisionnement fiable et durable à l’ensemble de la population pour la prochaine décennie.
« Les données de 2024 sont encourageantes en matière de consommation résidentielle. Avec une moyenne de 156 litres par personne par jour, la consommation à Saint-Hyacinthe se situe nettement en deçà de la moyenne canadienne, établie à 215 litres par personne par jour, mais bien au-delà de la consommation en Europe. Je suis convaincu qu’on peut faire encore mieux au cours des prochaines années », commente le maire de Saint-Hyacinthe, André Beauregard, qui a tenu un point de presse sur la question le 23 avril dernier.
Des pertes d’eau dans le réseau
Les résultats sont plus préoccupants en ce qui concerne les pertes d’eau dans le réseau. L’indice de fuite de Saint-Hyacinthe s’établit à 5,5, alors que l’objectif est de 3,2. « On pense qu’il y a de l’eau qui est consommée sans être comptabilisée. Cette situation s’explique notamment par le fait que certains ICIA (industries, commerces, institutions et entreprises agricoles) ne sont pas munis de compteurs d’eau, ou par la présence de compteurs vieillissants qui peuvent sous-estimer la consommation réelle », explique le maire.
La Ville souhaite donc installer des compteurs d’eau dans tous les ICIA. « Tant qu’on va fournir de l’eau à coût abordable comme présentement, les gens vont surconsommer », estime M. Beauregard.
Des mesures en place
Des mesures sont en place pour limiter la consommation d’eau à Saint-Hyacinthe. « La majeure est l’interdiction d’arroser les pelouses en juin et juillet qui sera prolongée en août cette année parce que nous nous sommes rendu compte que la consommation augmente en août. L’an passé, la consommation a explosé au mois d’août. La seule raison qui explique cela, c’est que les gens ont recommencé à arroser leur gazon en août. Il y a des gens qui ne sont pas contents, mais l’eau est un enjeu environnemental, économique et stratégique. On ne voudrait pas être pris pour cesser le développement résidentiel en raison d’un manque d’eau. Nous allons tenter de trouver une autre source d’approvisionnement en eau à Saint-Hyacinthe, mais ça peut prendre de 5 à 10 ans », affirme le maire.
Réouverture des ententes intermunicipales
Actuellement, la Ville de Saint-Hyacinthe fournit de l’eau potable à six municipalités voisines : La Présentation, Saint-Damase, Saint-Dominique, Sainte-Marie-Madeleine, Saint-Pie et Saint-Simon.
Certaines de ces municipalités sont liées par des ententes formelles, tandis que d’autres ne disposent pas encore de cadres contractuels définis. La Ville souhaite donc ouvrir ou renégocier ces ententes afin qu’elles reflètent davantage les réalités actuelles.
« Nous faisons face à des enjeux de capacité. Assurer l’approvisionnement en eau potable des municipalités voisines avant d’avoir pleinement sécurisé notre propre offre n’est pas le choix le plus prudent. Chaque litre d’eau exporté peut limiter notre capacité de développement. Sans eau potable, il n’y a pas de développement, pas de nouveaux projets et pas d’avenir viable pour Saint-Hyacinthe », ajoute le maire André Beauregard.
C’est pourquoi Saint-Hyacinthe entend demander la collaboration de ses voisines pour mettre en place les mêmes mesures restrictives que celles en place sur son territoire. « On ne peut pas interdire à nos citoyens d’arroser leur pelouse et laisser les municipalités qu’on dessert le permettre. C’est un non-sens. Toutes les municipalités à qui ont fourni de l’eau vont avoir la même entente avec la Ville. Si elles consomment plus, elles vont payer plus », mentionne André Beauregard.
Le maire Beauregard espère que les municipalités vont accepter de rouvrir leur entente même si elle n’est pas terminée. « On leur demande de collaborer avec nous. Si elles refusent, c’est peut-être nous qui serons moins collaborateurs à l’échéance de leur entente. On a vu dans les dernières années des villes qui ont freiné leur développement par manque d’eau. On ne voudrait pas se rendre là. C’est pour cela qu’on intervient dès maintenant. Nous sommes en train d’installer des compteurs d’eau dans tous les ICIA. J’imagine que dans cinq à 10 ans, on va installer des compteurs d’eau dans toutes les unités d’habitation. Ce qu’on entend du ministère, c’est qu’à un moment donné, les gens qui consomment plus d’eau vont devoir payer plus parce que présentement tout le monde paie le même montant ».
0 commentaires