Opinion

La politique est un sport extrême

Photo : Radio-Canada / Sylvain Roy Roussel

Je ne crois pas avoir été la seule personne surprise de la démission du premier ministre du Québec François Legault, le 14 janvier dernier. En affirmant que le Québec fait face à de grands défis et en qualifiant la politique de sport extrême, le chef de la Coalition avenir Québec (CAQ) a choisi de quitter ses fonctions, évoquant le bien et l’avenir du Québec.

Que l’on soit partisan ou non du politicien, force est de constater que l’humain a su faire preuve d’humilité en se retirant de cette façon. Il est toutefois important de noter que les travaux de ce gouvernement ne sont pas les travaux d’un seul homme. Après deux mandats avec une majorité à l’Assemblée nationale, c’est un euphémisme de dire que  l’état du Québec n’est pas à son meilleur.

La promesse brisée de la réforme du mode de scrutin en affirmant « […] que ça n’intéresse personne sauf quelques intellectuel.le.s […] » a teinté le mode de gouvernance de la CAQ dès le départ. Dommage, car il y a eu de nombreuses décisions déterminantes, prises sans consultation, qui auraient pu être bonifiées par un travail rigoureux incluant les autres partis et la société civile.

Nous avons pu remarquer également depuis 2018, une façon réactive plutôt que préventive de gouverner et aussi, la désignation de boucs émissaires pour ne pas avoir à justifier certains manquements qui ont fini par s’envenimer.

Les organismes en défense de droits des locataires, par exemple, qui évoquaient l’urgence d’agir depuis un bon moment, ont été confrontés à un gouvernement qui a d’abord refusé de reconnaître qu’une crise du logement sévissait et appauvrissait considérablement les ménages locataires. Ce mépris pour les expert.e.s sur le terrain a entraîné une augmentation inquiétante de l’itinérance, des demandes d’aide alimentaire qui explosent et des femmes qui doivent se résoudre à demeurer avec un conjoint violent devant la rareté des logements abordables et les listes d’attente trop longues pour avoir accès à une habitation à loyer modique.

On aurait pu ici bonifier l’aide sociale, imposer un gel des loyers, financer adéquatement les ressources d’hébergement en itinérance ou en violence conjugale, mais on a préféré affirmer que la crise du logement est causée par les personnes immigrantes, alors que plusieurs groupes de recherches ont démontré qu’elle était plutôt due à l’inaction.

Le déclin du français a souvent été abordé comme un enjeu crucial par les membres de ce gouvernement, mais il serait peut-être astucieux de faire un petit examen de conscience sur les coupures importantes des dernières années en matière d’accueil, de francisation et d’intégration. Plus récemment, la suppression du Programme d’expérience québécoise (PEQ), qui permettait d’accueillir des étudiant.e.s ou des travailleur.euse.s en leur offrant une voie plus rapide vers une possible résidence permanente.

Ces dernières années ont été marquées par une série de choix politiques douteux, qui témoignent d’une déconnexion réelle de la réalité. Et pas seulement au niveau des dossiers que j’aborde ici. Il serait peut-être pertinent d’inviter les parlementaires de la CAQ qui termineront ce mandat à faire preuve d’une certaine réserve, à finalement apprendre à travailler avec leurs adversaires et à écouter les expert.e.s.

La politique est peut-être un sport extrême, mais la démocratie est un acte collectif qui demande de la consultation, des ajustements et la sagesse de savoir se rétracter au besoin.