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Les autres possibles : Pour garder un contact humain dans nos cégeps et nos universités

Marijo Demers et François-Olivier Chené

Les jeunes du préscolaire, du primaire et du secondaire ont repris ce mois-ci le chemin de l’école, après près de 5 mois sans y avoir mis les pieds. Pour les cégeps et les universités, il en va tout autrement. Aucun plan pour la rentrée n’a été dévoilé par le gouvernement pour le postsecondaire, ni par Jean-François Roberge, ni par Danielle McCann, les deux ministres qui ont été responsables de l’Enseignement supérieur.

Aucune directive claire, aucune sortie publique qui s’adressait aux directions générales et aux services qui gèrent la vie étudiante et pédagogique aux niveaux collégial et universitaire. Aucune balise, ni déclaration officielle envoyée aux milliers de professeurs qui préparaient leurs plans de cours pour une session pas comme les autres.

Pour les cégeps et les universités, aucun plan pour la rentrée n'a été dévoilé. Photo : Nelson Dion

Résultat : dans chaque établissement, des directions et des employé.e.s déjà épuisés ont dû tenter d’imaginer à quoi ressemblerait leur rentrée, sans aide du gouvernement. Une sorte de rentrée à géométrie variable, en fonction des idées de chacun, où il y a pratiquement autant de formules d’accès aux cours en présence pour nos étudiants qu’il y a de cégeps et d’universités sur notre territoire. Ce n’est pas du tout ce que le milieu réclamait.

Le seul avantage, c’est que comme il est fort probable qu’on vive une, voire deux ou trois autres sessions sous le signe de la COVID, cela nous permet de découvrir d’autres possibles pour la suite.

Penser en dehors du campus à l’Université de Sherbrooke

Le ministre Roberge annonçait en mai dernier que 30% des étudiants seraient sur les campus des universités et des cégeps. C’est à peu près le cas dans les universités, à une exception près : l’Université de Sherbrooke, où 60% des cours se donnent en présence. Comment atteindre un tel taux, pour une université qui compte 35 000 étudiant.e.s, tout en respectant les normes de la santé publique?

D’abord l’université encourage ses professeur.e.s, lorsque c’est possible, à donner leurs cours à l’extérieur. C’est agréable pour tout le monde, quand il fait beau, et c’est beaucoup plus facile de respecter les distances que dans une classe fermée.

Évidemment, cette solution n’est que temporaire, l’hiver approchant. C’est pourquoi l’université a loué des espaces hors campus, des salles de spectacles, des chapelles ou des églises qui ne sont pas utilisées pendant le jour, pour y donner des cours. Ces grands locaux permettent facilement d’accueillir quelques dizaines d’étudiants, sans craindre de placer les pupitres trop proche.

À ce titre, les cégeps et universités à Saint-Hyacinthe ont la chance d’être dans une ville qui a sur son territoire beaucoup de chapelles, d’églises et autres couvents. La Ville s’est récemment targuée de protéger efficacement le patrimoine religieux maskoutain, profitons-en pour offrir l’asile à nos étudiant.e.s!

Le mode hybride du cégep de Victoriaville

Beaucoup de cégeps et d’universités ont opté pour un mode hybride pour cette session. Certains cours ciblés (certains cours de première session ou les cours pratiques) se font sur le campus, tandis que les autres (la plupart des cours théoriques) se font en ligne. La conséquence de cela est que selon le programme, entre 15 et 70% des cours se donnent en classe. On peut dire que la fourchette est large!

Le cégep de Victoriaville, quant à lui, s’est engagé dès le mois de juin dernier à ce que les étudiant.e.s aient au moins la moitié de leurs cours, théoriques comme pratiques, en présence au cégep. La méthode est simple : séparer les groupes en deux. La première semaine, une moitié se présente en classe et l’autre suit le cours à la maison. La semaine suivante, on échange les groupes. Ainsi, une semaine sur deux, les étudiant.e.s pourront profiter d’un contact plus direct avec leur professeur.

Cela évite surtout aux étudiant.e.s qui sont dans des programmes plus théoriques, par exemple en Sciences humaines ou en Études littéraires, de passer pratiquement toute leur session sans mettre les pieds au cégep.

En ligne ou en classe, quelle différence?

Plusieurs sondages le montrent sans équivoque : les étudiant.e.s préfèrent en grande majorité suivre leurs cours en classe. L’apprentissage en ligne a des qualités indéniables, lorsqu’on le choisit, mais il ne peut pas être utilisé à grande échelle. Le cégep et l’université, c’est un milieu de vie où on apprend autant en classe que dans les corridors, en côtoyant des gens qui partagent les mêmes passions que nous ou qui nous font découvrir des choses qu’on ne soupçonnait même pas. Et pour le personnel, il est beaucoup plus facile d’accrocher un étudiant sur le point de lâcher ses études si on le croise quotidiennement dans les couloirs que s’il est enfermé chez lui.

Lors du confinement, l’enseignement en ligne nous a permis de finir la session, tant bien que mal. Mais pour les prochaines sessions, nous devons privilégier l’enseignement en classe, tout en respectant les règles de la Santé publique. Les autres possibles nous montrent comment le faire.

Si les centres d’achats trouvent le moyen d’accueillir leur clientèle, on doit pouvoir trouver le moyen d’accueillir nos étudiant.e.s dans nos universités et nos cégeps.

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