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Apiculture : toujours un avenir malgré toutes les embûches

Roger Lafrance

Il faut être fait fort pour être apiculteur ces temps-ci : un taux de mortalité des abeilles qui a dépassé les 50 % ce printemps, le Varroa destructor, les pesticides, le frelon asiatique... On a l’impression que l’apiculture est une suite de mauvaises nouvelles depuis quelques années.

« Pour la récolte, c’est bon, très bon même, commente Richard Paradis au Journal Mobiles. Le problème, c’est de garder nos abeilles en vie. »

Ce taux alarmant de mortalité provient du Varroa destructor, un parasite qui décime les ruches durant la saison hivernale lorsque les abeilles sont au repos.

« Le Varroa, on le côtoie depuis 30 ans, mais on le contrôle moins bien ces dernières années, indique l’apiculteur. Avec les traitements, on réussit à le combattre, mais les coûts sont énormes et on ne peut les compenser rapidement. »

Même constat du côté de Miel Dubreuil : « Des interventions, on en fait plus que par le passé, souligne David Dubreuil, responsable des opérations apicoles. On fait de plus en plus de dépistage, mais on est limités dans ce qu’on peut faire. Le Varroa est devenu résistant à certains produits. »

Pour renouveler leurs ruches, les apiculteurs doivent importer des abeilles provenant d’aussi loin que la Nouvelle-Zélande ou l’Australie. Pas de bol : la sortie de la pandémie et les problèmes vécus dans l’aviation en début d’année ont rendu l’approvisionnement difficile, en plus de faire exploser les coûts.

Ce printemps, l’organisme Les apiculteurs et apicultrices du Québec a lancé un cri d’alarme auprès des gouvernements, réclamant une aide d’urgence de 12 M$. Le gouvernement Legault a répondu par un programme de 3 M$... sur trois ans.

Production locale

La région maskoutaine peut s’enorgueillir de compter trois entreprises apicoles sur son territoire, toutes établies depuis longtemps.

À Saint-Hyacinthe, Richard Paradis représente la 5génération et son fils Éric est déjà à l’œuvre pour poursuivre les activités. Leurs ruches sont disséminées sur un territoire à 50 kilomètres à la ronde.

Richard Paradis en compagnie de son fils Éric, captés en pleine opération d’extraction du miel. Photo : Roger Lafrance

L’entreprise familiale Miel Dubreuil, créée en 1930 à Saint-Dominique, s’est diversifiée, notamment dans la grande culture, afin de profiter d’une synergie entre ses différentes filiales. La moitié de ses revenus proviennent de la pollinisation, dans les fermes de bleuets et de canneberges ainsi que les vergers.

Et les pesticides, grandement présents dans les champs de maïs et de soya de la région, comment affectent-ils leurs abeilles? Les deux apiculteurs se font rassurants.

« Ça s’est grandement amélioré, confie David Dubreuil. Il y en a toujours dans les champs, mais les producteurs font davantage attention. On est parvenus à une sorte d’équilibre. »

Myriam Dubreuil, responsable du marketing chez Miel Dubreuil, et David Dubreuil, responsable des ruches. Photo : Roger Lafrance

Tous deux croient que l’apiculture aura toujours un avenir, malgré toutes les menaces qui la guettent. Il faut rappeler que les abeilles jouent un rôle essentiel en agriculture grâce à la pollinisation des plantes.

« Il y aura toujours un avenir dans l’apiculture. Les apiculteurs ne disparaîtront pas, mais il va falloir s’adapter. Depuis que je fais ce métier, j’ai toujours dû m’adapter et ça ne cessera pas », souligne philosophiquement Richard Paradis.

« L’avenir, ce sera une suite de soubresauts, renchérit David Dubreuil. Ce n’est pas une belle ligne droite. »

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