Alyson Côté
L’organisme maskoutain l’Aide pédagogique aux adultes et aux jeunes (APAJ) a mis sur pied le projet « Collaborons pour un langage clair ». En partenariat avec le CISSS Montérégie-Est, et avec le financement de Centraide, un comité révise et clarifie des documents médicaux destinés à la population.
Les participants se sont déjà penchés sur une fiche de renseignements habituellement remise aux patients après une chirurgie. Lors d’un atelier de validation, ils ont évalué les éléments qui nuisaient à leur compréhension. Parmi les obstacles, notons les mots compliqués et les termes médicaux, la taille de la police, la longueur du document et le manque d’images liées au contexte du document.
Cette rétroaction du comité est la dernière étape du processus de révision. Au préalable, les professionnels de la santé ont assisté à une formation sur le langage clair. Ils ont par la suite eux-mêmes appliqué les techniques apprises. On qualifie une communication de claire lorsque sa structure permet de trouver, comprendre et utiliser l’information recherchée.
Ce premier document révisé devient maintenant un modèle, proposant des balises à respecter pour l’élaboration de fiches similaires. L’objectif du projet est simple : sensibiliser et outiller les professionnels de la santé dans la rédaction de documents clairs pour tous.
Cette initiative découle de la démarche initiée par l’organisme d’alphabétisation populaire La Jarnigoine, situé à Montréal. Dès 2007, ce dernier identifie le besoin d’avoir des communications claires en santé.
La littératie : une question de santé publique
Le Programme pour l’évaluation internationale des compétences des adultes (PEICA) récolte les statistiques quant au taux de littératie au Québec. Selon la plus récente étude, 52 % de la population n’atteindrait pas le niveau 3 de littératie, c’est-à-dire le minimum souhaitable pour bien fonctionner en société.
La Montérégie se situerait quant à elle dans la moyenne, même si la MRC des Maskoutains et la MRC d’Acton, par exemple, grimpent respectivement à 57 % et 60 %.
Toutefois, lorsqu’il est question de la littératie spécifique au domaine de la santé, c’est plutôt 67,5 % de la population qui n’atteint pas le niveau 3, et 27 % le niveau 1 et moins. Ainsi, seulement 13 % des communications en santé sont bien comprises.
Un niveau insuffisant en littératie peut faire en sorte, par exemple, qu’un patient soit dans l’incapacité d’interpréter correctement une étiquette, ou entraîner des erreurs dans la prise de médication.
Tania Hallé, animatrice et responsable de la défense collective des droits à l’APAJ, souligne à raison le lien fort entre le niveau de littératie des personnes peu alphabétisées et les impacts directs sur leur santé.
Selon elle, le niveau de littératie est un facteur déterminant de la santé : « La mauvaise compréhension des documents médicaux est par ailleurs un prédicateur de mortalité. Bien les comprendre est donc un enjeu de santé publique. La communication claire dans le domaine de la santé permet de réduire les erreurs et les malentendus ainsi que les questions de suivi. Le lien de confiance entre les intervenants, les professionnels de la santé et les patients est aussi plus fort. »
Ultimement, elle souligne qu’une meilleure maîtrise de l’information réduit le risque d’hospitalisation et améliore la prise de mesures préventives efficaces.
« Les personnes peu alphabétisées deviennent en quelque sorte les experts du langage clair. Ce sont eux qui peuvent cibler les zones moins claires et permettre une meilleure compréhension des communications en santé ».
Le projet « Communiquons pour un langage clair » se poursuivra cet hiver, et divers documents seront soumis au comité, notamment des affiches et des dépliants.


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