• Société
Éditorial

Délivrons-nous du mal

Sophie Brodeur

 

Par Sophie Brodeur et Marie-Claude Pearson

 

Nous avons visionné le film Je vous salue salope : la misogynie au temps du numérique et nous en sommes ressorties abasourdies et choquées. Les réseaux sociaux semblent être un dépotoir où on peut déverser son fiel en toute impunité. Et le film nous montre qu’on le fait abondamment, sans gêne, et même à visage découvert. Les victimes des attaques les plus virulentes et virales sont souvent, sans surprise, des femmes, qui se font attaquer dans leur féminité, traiter de putes et sur lesquelles on appelle au viol. Comble de l’horreur, il semble que peu de contrôle soit exercé et que les recours possibles soient quasi inexistants. Ces femmes ne savent plus à quel saint se vouer.

Crimes contre la féminité

Cette haine envers les femmes n’est pas que virtuelle. Nous observons également des attaques aux droits des femmes un peu partout dans le monde. Aux États-Unis, le droit à l’avortement a été largement limité par l’abolition de l’arrêt Roe contre Wade, ce qui affectera d’abord les femmes, et particulièrement les femmes pauvres. Nous n’aurions pas cru cela possible, et pourtant!

En Iran, Mahsa Amini a été assassinée par la police des mœurs parce qu’une mèche de cheveux dépassait de son hijab. Cet événement a déclenché un vaste mouvement de protestation politique où, à l’instar des Américaines, les femmes iraniennes réclament le respect de leur corps.

Au Québec, au moment d’écrire ces lignes, nous apprenons le quatrième féminicide présumé en quelques semaines seulement. Que se passe-t-il donc? Dans les trois cas précédent, le conjoint serait le présumé meurtrier. Cette violence faite aux femmes est inacceptable. Le féminisme, qu’on a cru être le combat d’une autre époque, nous apparaît malheureusement toujours d’actualité. Quels moyens devrions-nous déployer pour endiguer ce déversement d’actes de violence?

La paix des femmes

Pour gagner ce combat, les femmes ont besoin d’alliés qui agiront sur différents fronts :

La participation des hommes

Il faut miser sur la grande majorité d’hommes qui sont déjà les défenseurs des droits des femmes. Parler des enjeux féministes à la maison et à l’école est un point de départ pour discuter de consentement sexuel, de respect du corps des femmes, d’inégalités sociales ou salariales, de sécurité dans les lieux publics, d’abus de pouvoir, etc. Au lieu de leur parler de masculinité toxique, parlons-leur de solidarité féministe. Quand nos grands-mères, mères, conjointes, tantes, sœurs, filles et nièces se sentent en sécurité et qu’elles vont bien, c’est toute la société qui est gagnante.

La bienveillance de la communauté 

La bienveillance, c'est-à-dire la capacité à se montrer compréhensif, est une formidable valeur commune qui peut agir comme remède contre toutes les violences. Si la bienveillance est notre guide, elle peut freiner l’adoption de certains comportements comme l’envoi d’un message misogyne sur les réseaux sociaux, le transfert d’une photo privée à l’ensemble de l’école, l’énonciation d’un commentaire douteux dans une chambre de hockey ou l’agression d’une jeune fille en état d’ébriété. Il faut éteindre le feu au lieu de l’attiser; il faut se dire « Et si c’était moi? Et si c’était ma sœur? ».

Des changements dans la législation

Finalement, nos gouvernements doivent agir avec force pour protéger les femmes. Un pas a été franchi au Québec avec la création d’un tribunal spécialisé en matière de violences sexuelles, et d’autres transformations au système de justice seront nécessaires pour répondre adéquatement à ce type de violence. Il faut également mieux protéger les femmes des hommes violents et encadrer plus fermement ces hommes démunis qui détruisent des vies.

Dans le monde virtuel, nos décideurs doivent exiger des réseaux sociaux que les commentaires, messages ou vidéos de haine envers les femmes soient retirés et que les auteurs soient poursuivis. Les conséquences des crimes en ligne doivent avoir une portée dans le monde réel.

Nous nous sentons souvent impuissants face à la violence faite aux femmes, ce qui crée de l’anxiété et un certain cynisme. Pourtant, par nos choix personnels, communautaires et politiques, nous pouvons faire une différence et changer les choses. Délivrons-nous de ce mal et participons à la paix des femmes. Nous sommes tous gagnants quand nous prenons soin d’elles.

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