Société

Les syndicats, aussi des acteurs du changement social

Lors de son passage à Solidarité populaire Richelieu-Yamaska, Robert Lapointe a été accueilli par le président de l’organisme, Robert Marquette. Photo : Roger Lafrance

Les syndicats n’ont guère la cote aujourd’hui. Pourtant, ils ont joué un rôle crucial dans l’histoire de la société québécoise.

« Le syndicalisme est aussi, encore aujourd’hui, un acteur de changement social », soutient Robert Lapointe, vice-président du Conseil central de la CSN Montérégie.

Le 12 mai dernier, il était l’invité de Solidarité populaire Richelieu-Yamaska, un organisme qui regroupe de nombreux organismes communautaires, religieux, environnementaux et syndicaux réunis autour de la justice sociale et de la lutte à la pauvreté.

Au cours de sa conférence, M. Lapointe a dressé l’histoire du mouvement syndical au Québec dont les luttes et les gains ont grandement marqué l’évolution de la société québécoise.

Il fut d’ailleurs une époque où adhérer à un syndicat était même interdit! C’est en 1894 que le parlement canadien adopte la loi sur l’industrialisation qui limitait l’âge de travail à 16 ans pour les garçons et à 18 ans pour les filles. L’horaire de travail à l’époque était de 10 heures par jour et de 50 heures/semaine!

Toutefois, il faudra quatre autres années pour que la province du Québec accorde le droit aux travailleurs de se syndiquer et de faire la grève.

Les droits des travailleurs ont été arrachés au fil des conflits de travail, comme en 1900 où les employés de boulangerie ont obtenu le droit de congé le dimanche afin de pouvoir fréquenter l’église. Ou en 1919, avec la grève de l’usine d’allumettes E.D. Eddy de Hull où les femmes se sont battues pour des conditions de travail moins dangereuses et le droit d’être encadrées par des femmes.

Les grèves historiques se sont poursuivies au fil des décennies : celle de la Dominion Textile en 1946 pour améliorer les conditions de travail des travailleuses, ou celle de 1949 à Asbestos où les syndiqués ont défié le gouvernement Duplessis afin de dénoncer leurs mauvaises conditions en santé et sécurité.

Les avancements de la société québécoise ont grandement pris racine dans le mouvement syndical, que ce soit la loi sur le salaire minimum (1937), le code du travail en 1964, la Régie des rentes du Québec (1966) qui permettait d’assurer la sécurité financière des travailleurs à la retraite, les lois sur la santé et sécurité du travail (1979), les normes du travail (1980) ou l’équité salariale (1996).

Toutes ces lois ont forgé le Québec d’aujourd’hui, assure Robert Lapointe. Les syndicats ne font pas que défendre les intérêts de leurs membres. Leurs revendications ont aussi eu un impact sur tout le reste de la société.

« Les syndicats ont permis de protéger et de renforcer le filet social », soutient-il.

Avec un taux de syndicalisation de 40%, le Québec fait bande à part lorsqu’on le compare avec la moyenne canadienne (30%). Chez nos voisins du sud, plusieurs états se sont attaqués aux syndicats en voulant réduire leur portée sous prétexte d’enrichir les travailleurs. Or, c’est tout le contraire qui est arrivé, selon M. Lapointe.

«Les syndicats créent de la richesse, affirme-t-il. Aux États-Unis, dans les états qui se sont attaqués aux droits des travailleurs, on voit des salaires qui sont moins élevés.»