• Société
Éditorial

S’adapter

Roger Lafrance

Bien des gens savent que je travaille à l’ACEF Montérégie-est. Ces temps-ci, ils sont nombreux à me demander : « Vous devez être débordés avec tous les gens qui n’arrivent plus à cause de l’inflation et des prix de l’épicerie et de l’essence? »

La réponse est invariablement la même : « Euh… non. On n’est pas moins ni plus débordés que la normale. Notre clientèle est même plutôt stable. » Ce qui surprend toujours un peu. Explication.

Dans les faits, c’est vrai que l’inflation cause bien des soucis, surtout l’épicerie, comme on le constate tous chaque semaine. La hausse de l’essence nous a aussi grandement affectés, mais les prix sont revenus pas mal à leur niveau d’avant-pandémie.

Comme je le répète souvent depuis un an, l’humain a une faculté extraordinaire : celle de s’adapter à toutes les situations, même les pires. La preuve : on retrouve des humains partout sur la planète, tant dans les déserts que dans les grands espaces de glace. Souvenez-vous des premiers Français qui ont mis le pied au Québec. La plupart sont morts du scorbut les premiers hivers et ceux qui y ont échappé le doivent aux Amérindiens (OK, je m’éloigne un peu…).

C’est vrai que tout nous coûte plus cher, mais nous nous sommes tous un peu adaptés : on sort moins au resto ou au cinéma, on achète moins de vêtements ou de gadgets pas trop utiles. On chasse les aubaines dans les circulaires. On sort moins en auto. Finie la promenade du dimanche juste pour se changer les idées.

Vous voyez : on s’adapte. Les phénomènes comme l’inflation n’ont jamais d’effets immédiats dans les organismes comme les ACEF ou les syndics en insolvabilité. Le véritable impact, on le vivra dans quelques années, lorsque les gens auront rempli leurs cartes de crédit à ras bord, ou qu’ils auront perdu leur emploi ou se seront séparés.

D’autres auront trouvé d’autres solutions : ils travailleront un peu plus ou ils cumuleront un deuxième emploi les soirs ou les fins de semaine. Nos parents ou nos grands-parents l’ont fait par le passé, et le phénomène est toujours très présent chez nos voisins du Sud.

Le véritable drame se situe ailleurs. C’est la hausse spectaculaire des loyers et le manque de logements. Si vous cherchez présentement un logement, il n’y en a presque pas en bas de 1 000 $ par mois. Imaginez que vous venez de vous séparer avec deux ou trois enfants. On peut imaginer que certaines hésiteront avant de quitter un conjoint violent...

Et là, je ne parle pas des entreprises qui voudraient accueillir des travailleurs immigrants pour combler leurs postes vacants, alors que ceux-ci n’ont nulle part où se loger. Ça aussi, c’est un autre drame. Pendant que l’on construit des immeubles pour « retraités actifs », on ne construit rien pour ceux qui ont des revenus moyens ou en dessous. Et n’oublions pas tous ceux qui ont de petits revenus, dont la plupart de nos aînés. Pour ceux-là, chaque hausse est un casse-tête de plus. Leurs solutions sont bien limitées.

Je sais, tout ce que je viens de vous dire n’est pas très joyeux. Mais ne vous en faites pas : je demeure un éternel optimiste. Il y a toujours des solutions. Il y a l’entraide, la compassion et la débrouillardise. Et puis, il faut quand même se le rappeler, nous vivons dans une des sociétés les plus égalitaires au monde. Et oui, avec le panier d’épicerie parmi les moins chers sur la planète.

Au fond, la clef se résume en un seul mot : s’adapter. Mais je vous l’accorde, pour les moins nantis, s’adapter a ses limites.

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