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La réalité moins bucolique du sapin de Noël

Roger Lafrance

Le sapin est sans doute le plus beau symbole de Noël et, aussi, l’un de ses plus joyeux. Mais la réalité du vendeur de sapins, lui qui passera les semaines précédant Noël dans le froid, à l’extérieur, est-elle aussi bucolique ?

Louis Desmarais vend ses sapins depuis une vingtaine d’années au Marché public de Saint-Hyacinthe. Bizarrement, il en est à sa première année complète à titre de vendeur puisqu’il produit lui-même ses arbres sur sa propriété de Saint-Bonaventure. Son vendeur, qui officiait au Marché public depuis de nombreuses années, est maintenant à la retraite.

Mobiles l’a rencontré par une froide journée du décembre. Dans sa petite roulotte chauffée, il y a tout pour passer les longues heures : un grand banc un peu défraîchi, un four à micro-ondes pour réchauffer sa nourriture et une petite radio portative jouant de la musique.

À 69 ans, Louis Desmarais l’avoue candidement : il déteste le froid ! Aussitôt sa saison terminée, il partira pour le sud passer plusieurs mois au chaud. « Les gens n’aiment pas tellement ça quand je leur dis, mais c’est comme ça », affirme-t-il.

Louis Desmarais vend ses sapins depuis une vingtaine d’années au Marché public.  Photo : Roger Lafrance

La réalité est loin d’être facile pour les producteurs de sapins. D’abord, le marché a été difficile au cours de la dernière décennie. En effet, il y a une dizaine d’années, de nombreux agriculteurs de la Caroline, spécialisés dans le tabac, se sont lancés dans le sapin, faisant baisser les prix sur tout le continent. La situation commence à peine à se rétablir.

Louis Desmarais fait aussi face à un autre problème : l’abondance de chevreuils. Un de ses voisins a pris l’habitude de nourrir les cervidés à l’hiver, en attirant beaucoup près sa plantation.

« Quand ils n’ont plus assez de nourriture, les chevreuils se tournent alors vers le restaurant qui se trouve à côté, c’est-à-dire mes sapins », explique-t-il. Les bêtes se nourrissent des branches les plus basses des arbres, soit jusqu’à une hauteur variant entre 1 et 1,6 mètre. Ainsi, le sapin de 2 mètres qu’il vend à son kiosque en avait, en réalité, un de plus ! Quand on sait qu’il faut 10 ans de travail pour qu’un sapin atteigne la hauteur minimale pour être récolté, on imagine facilement les pertes occasionnées.

Ex-conseiller municipal, il a fait des pieds et des mains pour sensibiliser élus municipaux et ministères concernés, mais ses doléances sont restées lettre morte jusqu’ici. « Même si la ruralité n’appartient pas qu’aux agriculteurs, rappelle-t-il, on oublie que l’agroforestier est un levier de développement important en secteur rural. »

Projet de retraite

C’est à sa retraite du milieu de la santé que Louis Desmarais a décidé d’en faire une entreprise. Voulant se distinguer de ses concurrents, il a offert la livraison à domicile dans les secteurs de Drummondville et de la Vallée-du-Richelieu, mais la clientèle est souvent difficile à satisfaire, admet-il d’emblée.

« L’adage populaire, c’est que les gens ont toujours peur de se faire passer un sapin. Alors, ça n’aide pas à la vente ! »

Les citadins ont peine à imaginer le travail derrière un sapin de Noël. Au-delà de la récolte et de la vente, il faut en effet tailler les arbres, contrôler les mauvaises herbes et combattre les maladies. « L’été, on travaille à la grande chaleur, avec des vêtements longs, et l’hiver, il fait des froids qui n’ont pas d’allure. »

Autour du sapin et des cadeaux, une petite pensée sera certainement la bienvenue pour ceux qui ont permis que cet arbre puisse arriver dans notre salon. À ce moment-là, Louis Desmarais sera déjà bien au chaud, les deux pieds dans le sable ou pas loin, pour récupérer de son dur labeur.

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