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Commun-tricot : La boutique de laine où on tricote des liens

Un article de Françoise Pelletier et Caroline Laplante
Françoise Pelletier

Un vendredi après-midi tranquille à la boutique Commun-Tricot, Marie-France, Wendy et quelques femmes tricotent, assises autour de la grande table. C’est M. Lucky, le chien de berger, qui nous accueille, heureux de rencontrer de nouvelles personnes. Bien vite, les copropriétaires Wendy Squires et Marie-France Millette viennent à leur tour nous recevoir. 

Ceci n’est que l’introduction d’une des rencontres les plus riches et les plus étonnantes qu’il nous ait été donné de vivre. En voici quelques moments forts, de l’historique de la boutique aux témoignages de tricoteuses, qui nous dressent le portrait de ce qui est devenu une communauté créative unique dans le paysage maskoutain.

L’historique de la boutique de laine : Le tricot en commun

Wendy Squires et Marie-France Millette copropriétaire de Commun-tricot. photo Nicolas Humbert Wendy réunissait quelques tricoteuses au Presse Café de Mont-Saint-Hilaire, ce qu’elle continue toujours de faire depuis neuf ans. Le besoin s’est fait sentir de mettre sur pied un tel groupe à Saint-Hyacinthe également. Elles ont donc commencé à se réunir à l’ancienne boutique Houffa de la rue des Cascades jusqu’au jour où celle-ci a déménagé. Marie-France, qui s’était jointe au groupe dès la première rencontre, a réagi à la fermeture en proposant de louer un local pour poursuivre leurs rencontres de tricot. C’est ainsi qu’est née la boutique de laine Commun-Tricot, du besoin de créer une communauté et de faire en sorte que les tricoteuses se sentent comme dans leur salon. Après deux ans d’existence, le premier local ne suffisant plus à contenir toutes les tricoteuses et l’inventaire de laine, elles ont alors déménagé sur la rue des Cascades où elles ont pignon sur rue depuis maintenant sept ans. Le 13 novembre dernier, la boutique a subi un incendie et Marie-France nous a confié que cette grande boutique ne suffisait pas pour accueillir toute l’aide qui leur a été proposée.

La boutique où on tricote des liens… devenue Commun-Tricot

La boutique fonctionne, entre autres, grâce à l’implication de nombreuses bénévoles qui, en retour, ont le loisir de tricoter sur place presque chaque jour de la semaine, dans ce qu’elles appellent un troc-bénévolat. Les échanges de services et d’aide y sont monnaie courante et constituent l’âme de l’endroit. Une des bénévoles présentes lors de notre passage nous expliquait qu’elle avait enfin trouvé sa place, un endroit où elle se sentait toujours accueillie, chez Commun-Tricot. Un lieu où elle peut offrir du temps en échange. En riant, elle se donne le titre de « technicienne en vaissellerie » : elle fait la vaisselle des nombreuses tasses de café partagées par la communauté de tricoteuses. Une autre tricoteuse présente ce jour-là apportait de la crème glacée pour les humaines et un os pour M. Lucky. Et toutes les tricoteuses s’installent ensemble avec leur ouvrage à la grande table dans cet esprit de communauté.

Le chien, M. Lucky, lui-même témoigne de cet esprit de troc-bénévolat, ayant été adopté grâce à la Fondation Caramel. Les propriétaires de la boutique versent désormais 10 pour cent de tous les chèques cadeaux vendus à la fondation. C’est M. Lucky qui les a choisis, relate Marie-France, et non l’inverse. Même si le fait qu’il soit un chien de berger sied parfaitement au décor.

Tricoter pour se guérir

Marie-France ne s’en cache pas, elle a vécu une dépression majeure et a souffert d’un trouble obsessif compulsif, ce qui l’a forcée à prendre un congé de son ancien emploi qui était extrêmement stressant. Elle se met à aller de mieux en mieux dès qu’elle se met au tricot en commun alors que la médication est longue à agir. Elle décrit le tricot comme sa thérapie, un moment pour elle-même.

Martine nous raconte, quant à elle, que le tricot l’aide actuellement à passer à travers une période très difficile. En s’impliquant avec le groupe de tricoteuses, en leur apportant des petits plats qu’elle prépare avec amour et des gâteries en retour, elle se sent appuyée et sa vie s’améliore. Le tricot lui permet aussi de se sentir près de sa grand-mère de qui elle a reçu le tricot en précieux héritage.

Une autre des tricoteuses présentes lors de la rencontre nous confie qu’elle a aussi eu de nombreux troubles mentaux. Bien qu’elle ait bénéficié de plusieurs suivis dans des ressources spécialisées en santé mentale, ce qui l’a aidée le plus c’est son implication à Commun-Tricot. « C’est une place où tu peux venir pour te détendre, pour jaser, tricoter ». Aujourd’hui elle vit de façon autonome chez elle, sans aucun suivi, et termine en disant : « de la maison à ici, je fais le chemin par cœur ». Nul doute que la boutique permet de briser l’isolement et constitue une communauté en soi, un filet social tricoté serré.

Tricoter pour s’intégrer

Lisette, une autre tricoteuse qui choisissait avec attention quelques balles de laine, nous raconte son histoire. Arrivée du Mexique et ne parlant pas un mot de français, elle a trouvé Wendy sur Internet. Celle-ci allait la chercher chaque lundi pour l’amener tricoter avec le groupe. Cela fait maintenant neuf ans qu’elle participe au groupe de tricot et son français est impeccable. Lorsque les gens lui demandent comment elle a réussi à si bien s’intégrer au Québec, elle leur dit que c’est grâce à sa famille et à son groupe de tricoteuses. « Quand ma mère est venue la première fois, je lui ai présenté les tricoteuses. Et elle était tellement contente de savoir que j’étais entre de bonnes mains avec elles ! »

Femmes entrepreneures

Elles étaient bien visionnaires et téméraires pour ouvrir leur boutique, femmes dans la cinquantaine n’ayant droit à aucune subvention, et en pleine récession. Elles y sont arrivées et ont rapidement décroché plusieurs contrats, dont celui de Barnabé, le chien icône du javellisant La Parisienne, et un autre important contrat pour le Club de Golf Le Mirage, copropriété de René Angelil et Céline Dion. Depuis, elles offrent des cours de tricot à la boutique de Saint-Hyacinthe, et à Mont-Saint-Hilaire, au Carrefour des Arts, des cours de feutrage. Elles exposent aussi régulièrement leurs œuvres lors d’évènements spécialisés. Les gens demandent souvent aux deux entrepreneures : comment faites-vous pour faire encore des affaires ? » La réponse de Marie-France ne se fait pas attendre : « Les gens ne sont pas des portes-feuilles sur pattes. » Une philosophie commerciale qui a de l’avenir !

Leur rêve

Nous vous mettons au défi d’aller faire un tour chez Commun-Tricot et de ne pas « tomber dans la lune » en regardant Wendy filer la laine ou Marie-France la carder. Pour le futur, elles rêvent d’ouvrir une filature artisanale où elles transformeraient la laine produite localement et de façon responsable. Pour paraphraser Wendy, quand un défi se présente à ces femmes de cœur, ce qu’elles tentent de découvrir, c’est la façon d’y arriver.

 

Les coordonnées de la boutique

1785, des Cascades, Saint-Hyacinthe, Qc J2S 3J2 450-250-LAINE (5246)

Commun-Tricot.com

commun-tricot@maskatel.net

Galerie

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  • Re: Commun-tricot : La boutique de laine où on tricote des liens

    J'aimerais remercier ces gentilles dames de nous offrir, en plus d'un acceuil chaleureux, des produits d'une qualité remarquable. Laines naturelles de toutes sortes et couleurs, impossible de ne pas succomber et de ne pas planifier maintes créations qui occuperont notre vie.

  • Re: Commun-tricot : La boutique de laine où on tricote des liens

    Bel article qui répond bien à mes questions ! Merci Françoise de si bien présenter cet atelier important.

  • Pieuvre

    J'aimerais avoir info. sur le cour, j'en fais déjà j'aimerais vous rencontrer pour voir si je suis correcte pour en donner.

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