Anne-Marie Aubin
Enseignant, chroniqueur, essayiste, auteur, Simon-Pierre Savard-Tremblay est aussi détenteur d’un doctorat en socio-économie du développement de l’École des hautes études en sciences sociales à Paris. Réélu pour un troisième mandat dans le comté de Saint-Hyacinthe-Bagot-Acton aux dernières élections, le député du Bloc Québécois lançait en octobre dernier Libre en Amérique : Le Québec à l’aube d’un monde nouveau, aux éditions Somme Toute. Il défend, dans cette quatrième publication, la souveraineté du Québec. Cet essai aborde la mondialisation, l’avenir politique, culturel, social et économique du Québec. En cette période trouble où même nos élus semblent déroutés, ce texte tombe à point car « Le Québec, comme le monde, est actuellement à la croisée des chemins. »
La dépendance du Québec
Riche de ses lectures, de son expérience à la Chambre des communes et au comité permanent du commerce international, Savard-Tremblay réunit dans son ouvrage 18 articles bien documentés démontrant que le Canada ne défend pas les intérêts du Québec, minoritaire dans ce vaste pays. Selon lui, il est urgent d’agir hors du Canada à l’heure où la mondialisation est en crise car « nous ne sommes pas chez nous dans le Canada et dans ses institutions. »
Entre autres exemples, l’auteur aborde les ratés de la pandémie et relate les effets de la dépendance du Québec qui « a dû faire face au prix exorbitant de sa dépendance politique, alors qu’il implorait Ottawa de fermer les frontières en prévision de la crise, en vain. » Il blâme Ottawa qui a refusé de soutenir la recherche d’un vaccin québécois contre la COVID : « Ottawa prétendait que nous n’avions ni le talent ni les cerveaux pour développer un vaccin », et ce, malgré la riche expérience passée du Centre Armand-Frappier.
Certains commerces n’ont pas survécu aux années 2020, « confrontés à la tempête numérique » : ce sont Amazon et Netflix qui sont sortis grands gagnants du confinement.

Déployant tous les avantages de l’achat local, Savard-Tremblay réclame une volonté politique ferme, surtout depuis l’arrivée de Trump et de ses menaces de tarifs. Force est de constater que les excès de Trump ont entraîné « une vague répulsive d’une intensité rarement vue à l’endroit des États-Unis. »
Le Québec une grande nation
Selon Milan Kundera, les grandes nations, qui ne se mesurent pas à leur taille ni au nombre d’habitants, « sont sur la défensive envers l’Histoire, cette force qui les dépasse, qui ne les prend pas en considération, qui ne les aperçoit même pas ». Une réalité qui s’applique tout à fait au cas du Québec selon l’essayiste.
Défendre et mettre en valeur la culture québécoise ne veut pas dire « abolir les autres cultures sur notre territoire, mais bien (de) constituer un lieu de réunion concret, sensible, nécessaire à l’établissement d’un sentiment commun d’appartenance, d’une vision partagée du bien commun. » Cette ouverture du Québec contribuera ainsi à l’intégration des nouveaux arrivants, affirme-t-il, contrairement au multiculturalisme du Canada, une « utopie typiquement anglo-saxonne (…) celle de l’idée que tout nouvel arrivant n’a qu’à se recroqueviller dans des communautés repliées sur elles-mêmes basées sur son appartenance d’antan. »
L’auteur aborde plusieurs autres sujets pertinents dans cet essai-bilan. Conscient de la fragilité de la situation du Québec dans le monde, il demeure optimiste et fervent défenseur de notre savoir-faire. Peu importe votre allégeance politique, cette lecture offre un survol de la situation du Québec depuis les 30 dernières années et des défis auquel il fait face en 2025.
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Simon-Pierre Savard-Tremblay. Libre en Amérique : Le Québec à l’aube d’un monde nouveau. Éditions Somme Toute, 2025, 165 p. (Collection Manifestement)
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