Culture

Ouananiche, amitiés, deuils et pêche à la mouche. Lecture idéale pour les vacances.

Auteur et ingénieur, Olivier Lussier, né à Maricourt, signe un texte qui ne s’adresse pas uniquement aux pêcheurs. Ici, la pêche est prétexte à parler de bien d’autres choses dont les amitiés masculines, la famille, le deuil, le territoire et l’environnement. Ce recueil de souvenirs, d’anecdotes et de notions de pêche touchera un large public par son style unique empreint de poésie. Cette publication est à mettre entre les mains d’un ami, d’un fils, d’un père… qu’il soit pêcheur ou non. Une lecture touchante et réconfortante.   

Ses grands-pères

Les souvenirs vécus avec ses grands-pères sont relatés par l’auteur avec beaucoup d’amour et de tendresse. Présents pour lui, attentionnés, curieux et à l’écoute, ses grands-pères ont été des modèles qui l’ont aidé à se construire. Alors âgé de 25 ans, Olivier Lussier les a vus disparaître l’un après l’autre.  À la mort de son dernier grand-père, il constate le vide et l’immense tristesse qui l’habitent : « J’ai l’impression que pu personne ne va être fier de moi. (…) Je dois me reconnecter sur ma façon d’habiter le monde en son absence. »    

La pêche, sans être une thérapie, s’avère un « espace-temps » qui lui convient pour s’arrêter, les pieds dans l’eau d’une rivière, concentré sur son lancer, à l’affût des gobages. Attentif au mouvement des poissons, il se fond dans la nature.

« Quand je vais pêcher, je pense à mes grands-parents morts, mes amis disparus, à la vie qui nous glisse entre les doigts comme des truites vigoureuses au printemps. (…) Mes grands-parents sont pas toujours à côté de moi, mais ils sont présents dans chaque méandre. Ils marchent avec moi dans l’eau, pis quand je m’aventure tellement loin que le courant essaye de m’emporter, la force de la rivière me rappelle leur présence invisible. »

 La pêche à la mouche 101

Olivier Lussier connaît bien la pêche. Il a lu les auteurs américains qui ont publié sur le sujet et il a rencontré plusieurs pêcheurs à la mouche. Il excelle à décrire le décor, les techniques de pêches, les accessoires : les cannes, les soies, les mouches, les lancers, les fosses, les rivières, avec le vocabulaire propre à cette activité sportive. Il confie que, de tous les types de passionnés rencontrés dans sa vie (que ce soit de littérature, de course, de poterie, de maraîchage), les pêcheurs à la mouche sont des personnages qui se distinguent par leur intensité.  Avec un peu d’humour, il présente un entomologiste qui n’a pas peur du ridicule, lui proposant ses services : « si jamais je devais trouver un invité pour un dîner de cons, il pourrait être mon con et passer la soirée à parler des insectes aquatiques dont se nourrissent les truites. Il aime ça au point de se foutre de passer pour un zinzin avec ses bibittes, tant que le souper lui permet de parler de pêche un peu plus longtemps. »

Les amitiés de pêche

La pêche à la mouche ne remplacera jamais une thérapie, mais lorsque son grand ami Tom a des idées noires et l’appelle à l’aide, Olivier l’amène à la pêche : « J’ai l’impression que ça occupe ses pensées (…) j’aime imaginer que ça lui fait du bien/ les mouvements de l’eau et des arbres/ le soleil et le vent/ Tom y’est beau icitte/ c’est juste une douleur à passer/ le voyage de pêche sert toujours de prétexte. » 

« Un pêcheur éthique fait davantage que ce qui est exigé et moins que ce qui est permis. »

Soucieux de préserver l’environnement, les rivières, la remise à l’eau, les quotas, Lussier dénonce les mauvais pêcheurs, la pollution, le braconnage et les « googans », ces pêcheurs qui deviennent fous à l’ouverture de la pêche.

Parfois triste, parfois nostalgique, l’auteur se révèle surtout conscient de la vulnérabilité des choses et des êtres, il sème la lumière et l’espoir auprès des gens qu’il aime. La pêche ne guérit pas tout, mais la présence peut faire une différence.

 « Je suis parfois une soupe chaude, un bol de spag, un murmure, j’aurai je l’espère, toujours une épaule à la bonne hauteur pour accueillir les larmes j’aurai, le l’espère, toujours un chandail doux, de la chaleur et des mots réconfortants »

Un très beau texte, inspirant et qui fait du bien!

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Ouananiche, amitiés, deuils et pêche à la mouche. Éditions de Ta Mère, 2026, 214 p.