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Quand des enfants font face à la violence

Anne-Marie Aubin

Dans ces trois albums, trois fillettes vivent un drame semblable et racontent leur souffrance quand la tempête s’installe dans leur maison. Elles expriment leurs émotions, nomment la douleur, la tristesse qui les habitent.

Ça ira mieux demain : la séparation

Juliette entend ses parents se disputer. Elle pleure et va les rejoindre dans leur chambre : « Pourquoi vous pleurez ? Est-ce que c’est de ma faute ? »

À l’heure du souper : « Nous mangeons tous les trois, mais nous ne sommes plus ensemble. Quelque chose s’est brisé. Il n’y a plus d’amour dans la soupe… » Puis, son papa part s’installer dans un logement avec une chambre pour elle. « Maintenant, j’ai deux maisons. Deux lits. [] Ce n’est pas le parfait bonheur. Mais au moins, maintenant, tout le monde est dans la même situation. Plus personne ne se dispute. Plus personne ne pleure. »

Avec une grande sensibilité, Gilles Tibo donne la parole à une très jeune écolière qui fait face à un drame qu’elle n’a pas choisi. Ses parents qui l’aiment beaucoup tentent de lui donner espoir en lui répétant : « Ça ira mieux demain ! ». Au fil des chapitres, Oussama Mezher illustre les différentes situations dans lesquelles Juliette se trouve. Un récit touchant pour les lecteurs débutants.

Le grand méchant loup dans ma maison : la violence conjugale

En référence au conte des trois petits cochons que les enfants aiment tant, le texte de Valérie Fontaine débute ainsi : « Il n’a pas eu besoin de souffler, souffler, souffler… Le grand méchant loup est entré par la porte. Il faisait les yeux doux et miaulait comme un chaton devant maman. Mais, avec moi, il avait le regard froid et les canines coupantes. La lune de miel goûtait le citron. » Ce nouvel amoureux dans la vie de sa mère, tout mielleux au début, ne tarde pas à montrer sa vraie nature.

La fillette, troublée par cet homme violent, colérique et impatient, souffre en silence et se fait petite lorsque le loup hurle dans la maison. « Quand il a laissé la marque de ses doigts sur mon bras, je n’ai pas eu le choix de mettre des manches longues, même si les grandes chaleurs étaient là. »

La jeune victime se construit un abri. « J’ai bâti une autre maison, dans ma petite chambre à côté du salon. Quand les cris et les bris recommençaient, mon mur de couvertures en pagaille ne me protégeait pas plus qu’un tas de paille. » Puis, comme sa porte en bois ne résiste pas, elle construit alors un rempart de briques autour de son cœur en attendant des jours meilleurs. Heureusement, sa maman organise une fuite vers une maison d’hébergement qui résiste à tous les loups.

À la façon d’un conte, ce texte aux illustrations très expressives permet au jeune lectorat de saisir le message en douceur. Une partie du prix de vente de ce livre ira à SOS violence conjugale. Excellent !

Dans mes bottes de sept tonnes : un peu d’espoir

Une fillette lit calmement dans son lit quand, soudain, des bruits surviennent : « J’ai reconnu la voix de mes parents dans la tempête qui grondait. Je déteste la chicane. Ça ressemble à la fin du monde. » Couchée sous sa couette avec son petit chien, elle tente de dormir. Au matin, seule devant son bol de céréales, elle n’a pas faim. Puis, à l’école, rien ne va : l’enfant traîne un gros chagrin dans son cœur. « Sur le chemin du retour, j’ai levé les yeux. Tout était gris. Il n’y avait pas de ciel dans mon nuage. Avec mes bottes de sept tonnes, j’ai marché jusque chez moi. »

Danielle Chaperon signe un récit sensible et émouvant au dénouement lumineux. Les illustrations de Marilyn Faucher conjuguent les couleurs sombres et les couleurs chaudes et rassurantes, car, heureusement, les conflits ont une fin.

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TIBO, Gilles. Ça ira mieux demain, illustrations de Oussama Mezher, Saint-Lambert, Soulières Éditeur, 2020, 66 pages, collection Ma petite vache a mal aux pattes, 162.

FONTAINE, Valérie. Le grand méchant loup dans ma maison, illustrations de Nathalie Dion, Montréal, Éditions Les 400 coups, 2020, 32 pages, collection Carré blanc.

CHAPERON, Danielle. Dans mes bottes de sept tonnes, illustrations de Marilyn Faucher, Montréal, Éditions de l’Isatis, 2019, 24 pages, collection Tourne-pierre, 63.

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