Environnement

Biens d’ici

Avec la présente guerre commerciale qui nous occupe, on chante de plus en plus les louanges de l’achat local. Chez la plupart d’entre nous cela se traduit par une attention particulière à ce que l’on met dans son panier d’épicerie.

Si cela est soutenu depuis longtemps par les environnementalistes, une étude récente du CIRAIG (Centre international de référence sur l’analyse du cycle de vie et la transition durable) révèle pourtant que le transport des aliments ne représenterait qu’environ 3% de l’empreinte carbone de notre alimentation. Sauverons-nous réellement la planète en consommant des biens produits chez nous?

Bien entendu, la donnée statistique frappe, mais vous aurez compris qu’elle est loin de tout raconter. D’abord, il n’y a pas que les aliments qui nous parviennent de l’étranger et, selon l’Institut de la statistique du Québec, 47% de notre empreinte carbone annuelle seraient bel et bien associés à notre consommation et aux importations (53,6 millions de tonnes d’équivalent CO2). Il apparaît évident que des articles nous arrivant d’Europe ou d’Asie auront plus voyagé que des fraises arrivant de Californie. Le transport maritime ayant beau être plus performant que le transport terrestre, les distances parcourues font que la valeur absolue des gaz à effet de serre produits est donc tout de même plus grande quand les choses arrivent de l’autre bout du monde. Acheter moins de biens en provenance des États-Unis diminue réellement notre empreinte environnementale, mais si le boycott nous pousse à consommer des biens provenant d’encore plus loin, ce ne sera définitivement pas mieux pour l’environnement.

On parle peu, lorsqu’on aborde l’achat local sous l’angle environnemental, de notre cadre réglementaire. La production locale est soumise à des lois et règlements alors que d’autres législations sont, c’est un euphémisme, plus relâchées. Pourtant, ce cadre assure une diminution des impacts environnementaux de la production des biens. En plus de protéger la santé des travailleurs et celle de la population, nos lois protègent aussi la santé des écosystèmes. Si, pour plusieurs tenants du libéralisme économique, ce cadre est trop rigide et n’ajoute que contraintes qui nuisent à la compétitivité de nos entreprises, il faut rappeler qu’elles évitent l’introduction de polluants dans l’environnement, réduisant l’exposition à des produits dangereux dans notre alimentation, notre air, nos sols et nos eaux. En achetant des biens produits chez-nous, on assure en partie qu’ils aient été produits dans le respect de normes environnementales qui nous satisfont. C’est sans compter sur le fait que les biens produits à l’étranger le sont souvent alimentés par une énergie plus polluante que celle employée ici.

J’entends déjà des voix appeler que nous ne produisons pas tous les biens que nous consommons et qu’il faut bien que les ordinateurs, les cafetières et les vêtements nous viennent de quelque part. Je vois plusieurs solutions à ce problème, la première étant de questionner notre rapport à la consommation, le bien qui pollue le moins étant encore celui qui n’a pas été produit. Ça ne règlera pas tout, mais qui a dit qu’il fallait nécessairement tout régler!