Opinion

Peut-on transformer l’enthousiasme sportif en changements sociaux?

Photo : NHL via Getty Images

Avez-vous été gagné par la frénésie qui a entouré la chevauchée du Canadien en séries? Rarement a-t-on vu un tel élan collectif au Québec. Au-delà de l’exploit sportif, qu’est-ce que cette fièvre révèle sur les Québécois?

D’abord, mettons un peu les choses en perspective. Le Canadien de Montréal est d’abord et avant tout une entreprise offrant du divertissement sportif. L’équipe est une formidable machine à engranger les profits. Imaginez l’argent qui entrait dans les coffres du Centre Bell un soir de match, avec cette marée humaine habillée de chandails rouges à 200 ou 300 $ pièce!

Le Canadien appartient au Groupe CH, propriété de la famille Molson. Le Groupe CH, ce n’est pas que le Canadien, mais aussi un des grands diffuseurs de spectacles au Québec avec evenko, le Festival de Jazz, les Francos, Osheaga et Lasso.

Pour revenir au Canadien, il était difficile de ne pas adhérer à une équipe aussi jeune, talentueuse et excitante à voir jouer. Après des années de misère (même si le Centre Bell demeurait toujours rempli), on entrevoit enfin une équipe qui pourrait succéder à celle qui a décroché 4 coupes Stanley à la fin des années 1970.

Le Canadien de Montréal a su rassembler tous les Québécois au cours des derniers mois, peu importe leur âge, jeunes comme vieux, qu’on soit pure laine ou venu d’ailleurs, hommes ou femmes. Rarement a-t-on vu les Québécois être si soudés derrière une cause, une équipe ou un artiste.

Or, il n’en a pas toujours été ainsi. Je me rappelle encore de la rivalité Nordiques-Canadiens qui, souvent, ne faisait pas ressortir le meilleur de nous. Ou encore les émeutes au centre-ville de Montréal après les victoires ou les défaites du club à une certaine époque. Il m’en restait toujours un goût amer en bouche.Or, cette année, rien de tout cela. On retrouvait plutôt le désir de se retrouver ensemble pour participer à cette frénésie irrésistible, pas juste au Centre Bell, mais aussi à l’extérieur de l’amphithéâtre, dans les bars, salles ou arénas. C’était beau à voir.

Durant quelques semaines, c’est comme si on oubliait tous les autres problèmes, l’itinérance, le manque de logements abordables, les hausses de prix pour l’épicerie ou l’essence, ou encore les facéties de l’impérialiste qui est à la tête des États-Unis. C’est comme si, au sortir d’un trop long hiver, on prenait plaisir à se retrouver ensemble autour d’un objectif commun, à fêter.

Il s’en trouvera pour dire que c’est dommage de ne pas voir les Québécois se réunir autour d’un pays, dans la lutte à la pauvreté ou l’itinérance. Si on pouvait canaliser tout cet enthousiasme pour changer la société, imaginez ce qu’elle pourrait devenir!

Pour reprendre une citation de René Lévesque, on est peut-être quelque chose comme un grand peuple. Les Québécois ne sont pas parfaits, loin de là. Mais nous sommes capables de nous réunir autour d’une cause, d’être rassembleurs, sans violence ni débordement, d’être solidaires et égalitaires (même si les écarts de richesse grandissent).

De cela, nous avons de quoi être fiers.