Société

Décès d’une femme en crise : revoir la façon d’intervenir des policiers

David-Alexandre Grisé, Coordonnateur du Collectif de défense des droits de la Monté- régie (CDDM). Photo : Nelson Dion Nancy Melanson de Association des groupes d’intervention en défense des droits en santé mentale (AGIDD-SMQ). Photo : Gracieuseté

Le Collectif de défense des droits de la Montérégie (CDDM) et l’Association des groupes d’intervention en défense des droits en santé mentale (AGIDD-SMQ) soulèvent des enjeux relativement au décès d’une femme en crise lors d’une intervention policière, le 10 décembre dernier à Saint-Hyacinthe.

Selon les informations disponibles, la femme était connue des services policiers et vivait d’importants enjeux de santé mentale et de toxicomanie.

Bien que les détails complets de l’intervention ne soient pas encore connus puisque l’enquête du Bureau des enquêtes indépendantes (BEI) est toujours en cours, le CDDM reconnaît qu’une intervention rapide des agents de la paix, responsables de la sécurité de toutes les personnes présentes, était légitime.

« On regarde depuis un certain temps les enjeux des personnes qui vivent avec des problèmes de santé mentale. Nous avons déjà fait de la sensibilisation dans le passé, mais on sent une plus grande sensibilité autour des drames humains comme celui qu’on vient de vivre à Saint-Hyacinthe. La CAQ souhaite amener une réforme de la Loi P-38. C’est évident qu’il n’y a aucun policier intéressé à sortir son arme pour tuer quelqu’un. On sent une détresse psychologique exacerbée dans la population. La santé mentale ne concerne pas seulement les gens qui vivent dans la pauvreté. La communauté maskoutaine est bien pourvue en organisation pour aider les gens avec une problématique de santé mentale. Nous avons un organisme de gestion de crise, Contact Richelieu-Yamaska », commente le coordonnateur du CDDM, David-Alexandre Grisé.

Des pratiques questionnées

M. Grisé questionne les dispositifs et les pratiques utilisées lors des interventions policières impliquant des personnes en situation de crise. « Est-ce que des intervenants de crise ont été mobilisés dans ce cadre et ce contexte d’urgence? Est-ce que des organisations en intervention de crise existent ou sont suffisamment financées pour y participer dans la région maskoutaine? Est-ce que des équipes mixtes ou des pratiques de collaboration sont établies entre des services d’aide en situation de crise (SASC) et les forces de la Sûreté du Québec à Saint-Hyacinthe et dans les environs? », lance-t-il.

Il souligne aussi que les policiers ont maintenant accès à des informations très sensibles sur les personnes visées lors de leurs interventions. « Ils connaissaient la dame. Pour moi, ça indique qu’il doit y avoir un changement de culture. Dans un scénario idéal, on aurait une intervention de crise mieux financée pour un meilleur travail de collaboration. On sait bien que le travail d’un policier, c’est de répondre de la sécurité du public ».

Bonifier les pratiques d’intervention

« Ce décès doit nous servir de catalyseur et nous sensibiliser sur le besoin de bonifier des pratiques d’interventions alternatives à la présence des forces de l’ordre, ou du moins, minimalement différenciées et complémentaires entre les forces policières et les services d’intervention de crise au Québec », déclare Nancy Melanson de l’AGIDD-SMQ.

David-Alexandre Grisé rappelle que la collaboration des policiers et des intervenants est centrale dans l’application de la loi P-38. Bien que leurs fonctions diffèrent, les deux groupes se retrouvent à l’avant-plan des interventions en situation de crise, souvent en collaboration.

« Les policiers insistent sur leur mandat de sécurisation et expriment, pour plusieurs, un malaise face à des interventions qu’ils considèrent en marge de leur rôle traditionnel. À l’inverse, les intervenants SASC affirment leur compétence spécifique en matière de désescalade et d’évaluation psychosociale, tout en reconnaissant l’importance du soutien policier en contexte de dangerosité », précise-t-il.  

Une enquête du BEI

La Sûreté du Québec ne peut commenter le dossier puisque l’enquête a été confiée au Bureau des enquêtes indépendantes (BEI).

Le BEI rappelle les faits actuellement en sa possession. « Le 10 décembre vers 7 h 04, un appel aurait été fait au 911 pour une personne en crise dans son domicile. Les policiers seraient arrivés sur les lieux vers 7 h 20 et ils seraient entrés en contact avec la personne qui aurait été munie d’une arme blanche. La personne se serait ensuite dirigée en direction des policiers; un policier aurait utilisé l’arme à impulsion électrique (AIE) pour maîtriser la personne; les policiers auraient fait feu en direction de la personne qui aurait alors été blessée par tir policier. La personne aurait été transportée dans un centre hospitalier où son décès a été constaté. »

Cinq enquêteurs du BEI ont été chargés d’enquêter sur les circonstances entourant l’intervention. Aucune autre information n’est disponible pour le moment.