Chronique

SAINT-HYACINTHE – TERRE À BLÉ D’INDE

apparition

Ainsi, les Maskoutains s’apprêtent à jeter à la poubelle leur vieux slogan « Saint-Hyacinthe la jolie – un choix pour la vie » pour le remplacer par « La grande région de Saint-Hyacinthe – Terre d’innovation ». Franchement, moi, ce n’est pas le slogan que j’aurais changé en premier, c’est le nom de la ville.

J’aime y vivre, mais je n’ai jamais aimé le nom de ma municipalité. Encore moins quand j’ai su pourquoi elle s’appelait comme ça.

Apparition à Hyacinthe.En 1753, un certain Jacques-Hyacinthe-Simon Delorme, pourvoyeur en bois pour la marine, achète la Seigneurie Maska. Comme le clergé voulait faire plaisir au propriétaire, j’imagine, on a voulu baptiser la bourgade en se servant de l’un de ses trois prénoms.

Mais voilà, Jacques et Simon étaient déjà pas mal populaires en Nouvelle-France. Des Saint-Jacques et des Saint-Simon, il y en avait une flopée. Il restait Hyacinthe. Hyacinthe ?!?

Le plus instruit des ecclésiastiques a alors déniché un obscur frère dominicain de Cracovie, en Pologne, qui avait comme prénom « Hyacinthe » et qui avait été sanctifié par le pape. Bien sûr, il n’avait rien à voir avec la Nouvelle-France, et encore moins avec la Seigneurie Maska. Peu importe, le proprio va être content.

Saint Hyacinthe a été canonisé parce qu’il avait sauvé des flammes une statue de la Vierge Marie, même si elle était plus lourde que lui. Miracle! On lui a fait un grand tableau sur lequel on aperçoit la Sainte Vierge qui lui apparaît, entourée de sa cour, pour le remercier d’avoir sauvé sa statue pesante. Voilà notre Saint Patron !

Comment voulez-vous construire le branding d’une ville avec ça ?

Je comprends la pauvre agence de publicité montréalaise qui a été mandatée par la Chambre de commerce de Saint-Hyacinthe pour donner à la région une image de marque.

D’autant plus que les gens de Montréal disent souvent « sainte » Hyacinthe. Pas surprenant puisque « Hyacinthe » ressemble beaucoup à « Jacinthe » : le nom d’une fleur, mais aussi le nom d’une fille.

Devant ce double dilemme, l’agence de publicité a décidé d’élargir le territoire, de noyer le poisson si l’on veut. Au lieu de parler uniquement de la ville, on met de l’avant « La grande région de Saint-Hyacinthe ». Comme ça, le focus est mis sur la région et non sur la fille.

Il fallait maintenant trouver une définition, courte et précise, qui caractérise de façon positive notre région. Évidemment, si on en fait le tour, on constate immédiatement qu’il y a beaucoup de terre. Mais une terre de quoi?

Je suis pas mal certain que la première idée de nos publicistes montréalais devait ressembler à : « La grande région de Saint-Hyacinthe – Terre à blé d’inde ».

Mais la Chambre de commerce n’a pas dû apprécier. Il fallait faire plus moderne, plus dynamique, plus innovateur. « Innovateur » voilà le mot-clé!, se sont dit les experts.

Un petit tour sur le web permet de constater que plusieurs municipalités ont déjà opté pour l’innovation afin de se caractériser, notamment en France. Strasbourg, Rhône-Alpes, Artois, et la région de Var sont toutes des « Terres d’innovation ». Pourquoi pas nous ?

Après avoir importé d’Europe notre saint Hyacinthe, pourquoi pas notre « Terre d’innovation » ?

Sérieusement, j’aime ma ville et ma région. Mais ce n’est pas l’étiquette que l’on colle sur un fruit qui compte, c’est sa fraîcheur, sa beauté et son goût… N’est-ce pas ?