Roger Lafrance
Nous portons tous des vêtements. Nos placards en sont même pleins. Mais une fois que nous les avons portés et usés, qu’advient-il de tous ces vêtements?
«Le vêtement est un des rares objets universels à tous les êtres humains, souligne Thomas Dutrey-Grébert, chargé de projet en transition écologique chez Concertation MTL. Pourtant, même si nous en portons tous, on ne connaît pratiquement rien de nos vêtements ».
Le conférencier était l’invité de l’Association des retraités de l’enseignement (AREQ) Richelieu-Yamaska, le 16 avril dernier. Le sujet a suscité bien des débats parmi la quarantaine de participants.
Notre consommation de vêtements est plutôt renversante. Au Québec il se consomme 343 000 tonnes de vêtements neufs chaque année, soit quelque 40 kilos par habitant. Ce n’est pas unique à nous : tous les pays industrialisés vivent la même situation.
« Il y a assez de vêtements sur la planète pour habiller au moins 6 générations! », souligne M. Dutrey-Grébert.
Une bonne partie de ces vêtements finiront leur jour dans les sites d’enfouissement. En 2023, c’est 344 000 tonnes de textiles qui ont été enfouis au Québec, un volume qui a doublé en 15 ans.
Cette surconsommation s’explique facilement. Les vêtements sont moins chers que jamais, en raison de la délocalisation de l’industrie. Les plateformes populaires comme Shein ou Temu y ont aussi grandement contribué.

« Un vêtement qui nous a coûté 3 $, ça ne nous culpabilise pas de le jeter ». affirme-t-il.
La mode éphémère est donc particulièrement nocive sur le plan environnemental. D’abord, parce que ces vêtements sont souvent jetables après quelques usages mais aussi, parce qu’ils ont nécessité des ressources importantes pour leur fabrication, notamment en textile ou en eau.
Recyclage difficile, réemploi efficace
Or, le recyclage des vêtements des textiles est difficile, rappelle M. Dutry-Grébert. La technologie industrielle n’est pas encore au point, notamment en raison du mélange des matériaux. Certains projets-pilotes permettent de confectionner de nouveaux produits mais ce sont des procédés à petite échelle qui ont peu d’impact sur l’ensemble de cette industrie.
Il reste donc le réemploi, un secteur où le Québec a développé une belle expertise, souligne Thomas Dutrey-Grébert, grâce à un réseau d’organismes communautaires, friperies et commerces plus importants. Des 38 000 tonnes de textiles récupérés en 2023, 29% ont été récupérées localement.
Les friperies sont particulièrement populaires, au point où elles permettent de revitaliser certains secteurs commerciaux. Le conférencier cite la rue Saint-Denis à Montréal qui renaît grâce à ses friperies et aux commerces spécialisés dans le vintage. À Saint-Jérôme, un premier centre commercial consacré au seconde main pourrait voir le jour.
N’empêche que 44% des textiles récupérés sont exportés vers des pays du tiers-monde. À destination, ces vêtements seront triés pour être revendus à la population locale. Par contre, le reste finira dans l’environnement ou sera brûlé à l’air libre, générant une pollution importante.
Pour Thomas Dutrey-Grébert, si le réemploi et le recyclage des vêtements sont des solutions intéressantes, elles ont leur limite. La meilleure solution serait plutôt de réduire notre surconsommation.
« Le vêtement le plus responsable demeure celui qu’on a déjà », conclut-il.

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