Opinion

Encore en lutte et essoufflées de reculer

Crédit : FREEPIX

Cette année, le mouvement de la Marche mondiale des femmes (MMF) souligne ses 30 ans avec sa sixième action sur la scène internationale. Il est requis de faire une brève analyse et un petit historique sur les avancements en matière de droits des femmes.

Nous sommes encore en marche pour transformer le monde, mais est-ce que notre voix porte aussi loin qu’il le faudrait ?

Chaque année, le 8 mars revient et nous devons sans cesse faire face au mythe de l’égalité déjà atteinte, chaque année, nous devons justifier nos revendications, encore et encore. Pourtant, les violences à l’égard des filles et des femmes ne diminuent pas, les impacts sexistes des mesures d’austérité imposées par nos gouvernements sont mesurables et les obstacles systémiques vécus par un nombre important de femmes sont bien réels.

Si l’égalité politique, économique, culturelle, personnelle, sociale et juridique entre les femmes et les hommes et entre toutes les femmes était déjà atteinte et protégée, nous pourrions respirer et participer autrement à la vie citoyenne, sans restriction. Mais ce n’est pas encore le cas, nous sommes bel et bien encore en lutte et nous avons beaucoup, beaucoup de pain sur la planche!

En 2025, les femmes de tous horizons ainsi que leurs alliés, se mobilisent pour leur sécurité, pour le respect de leurs choix, pour un revenu décent visant l’autonomie et la dignité, pour un accès gratuit et universel à des systèmes de qualité, que ce soit en éducation ou en santé et services sociaux et pour le droit de vivre dans un environnement sain et respectueux.

Les revendications entourant la MMF nous ramènent entre autre à un droit qui n’a jamais été acquis, le droit à l’avortement, qui est sans cesse menacé sur tous les fronts. Rappelons que la contraception est autorisée au Québec seulement depuis 1969 et que ce soin de santé est protégé par l’arrêt Morgentaler au Canada depuis 1988. Bien qu’il soit gratuit depuis 2006, l’accès est encore difficile à ce jour, avec seulement 52 points de service répartis au Québec, dont 21 % qui se trouvent à Montréal. Nous pouvons parler d’une cinquantaine de projets de loi fallacieux depuis 1988 qui ont tenté de restreindre ce droit, avec des arguments qui se veulent souvent vertueux. Un mouvement se proclamant pro-vie, tactique communicationnelle classique : comment peut-on être contre la vie ?

Remettons les choses en perspective et appelons un chat un chat : il s’agit plutôt d’un mouvement anti-choix, ne visant rien de moins qu’un net recul de notre société, en s’attaquant directement à la sécurité, à l’intégrité et à la liberté des femmes de prendre des décisions éclairées pour leur propre bien-être. Ainsi, chaque jour de notre existence, nous devons encore nous battre pour avoir le pouvoir sur nos corps et qu’ils cessent d’être instrumentalisés par  certains législateurs qui ne veulent rien d’autre qu’un contrôle et un retour des femmes aux rôles dits traditionnels.

Ce qui se déroule de l’autre côté de la frontière sud ne peut être qu’un danger pour nos droits si nous cessons d’être vigilantes. Nos corps, nos droits nous appartiennent et nous devons continuer d’agir en guerrières pour améliorer nos sorts et qu’il y ait une suite logique à nos luttes.

Tant que toutes les femmes ne seront pas libres, nous serons en mouvement et cette liberté passe par le pouvoir de choisir, le pouvoir d’agir et le pouvoir d’exiger le respect. Nous sommes essoufflées de reculer, nous voulons avancer en faisant un pied de nez au capitalisme, tout comme au patriarcat, qui ne cessent de vouloir nous faire taire.

Marchons, toutes les femmes ainsi que l’ensemble de nos alliés, vers un avenir brillant et surtout, sans chaînes, pour les nouvelles générations.