Opinion

Le poids qu’ont les mots sur le vivre-ensemble

PHOTO : CDC DE SHAWINIGAN.

Les événements récents qui ont eu lieu en Mauricie ont fait couler beaucoup d’encre. D’abord des menaces de mort proférées à l’endroit de personnes musulmanes qui ont loué une salle privée afin de célébrer une fête religieuse, ensuite un groupe de suprémacistes blancs, cagoulés, dévoilant une bannière sur laquelle on pouvait lire « Je me souviens d’un Québec blanc ».

Premièrement, nous pourrions nous questionner en quoi un rassemblement de nature privé dérange, deuxièmement nous pourrions préciser que le Québec n’a jamais été blanc, les peuples autochtones étant sur le territoire bien avant nos ancêtres. Heureusement que des citoyennes et des citoyens ont répliqué par une mobilisation pour défendre la diversité, l’inclusion et le vivre-ensemble, une action qui a démontré que la solidarité demeure plus forte que la haine, et que les valeurs d’ouverture continuent d’être portées par une grande partie de la population. Je salue aussi les politiciennes et les politiciens qui ont, bien évidemment, dénoncé ces gestes.

Toutefois, il serait adéquat de réfléchir au climat social qui s’installe depuis plusieurs années. Combien de discours publics associent régulièrement l’immigration à divers problèmes sociaux, économiques ou culturels ? On s’entend pour dire que ces discours n’incitent pas à la haine. Par contre, cet argumentaire, qu’on nous sert souvent sous forme de raccourci intellectuel pour expliquer chaque crise, finit par renforcer la création d’un contexte où les personnes immigrantes deviennent des boucs émissaires pour expliquer ce qui ne fonctionne pas correctement. Des situations qui sont, la plupart du temps, reliées à de l’inaction ou à des décisions prises sans consultation. Les mots ont un poids, et le climat qu’ils contribuent à façonner peut avoir des conséquences bien réelles.

Dans ce contexte, on assiste aussi à la chasse aux wokes, mot de plus en plus galvaudé et maintenant utilisé comme une insulte. Rappelons-nous son histoire : issu de la communauté noire des États-Unis au lendemain de l’abolition de l’esclavage, woke, qui se traduit « éveillé », signifiait qu’il fallait garder une vigilance face aux inégalités, afin d’éviter que les droits si durement acquis ne régressent de nouveau.

Aujourd’hui, cette posture demande simplement de garder une attention particulière aux injustices sociales, afin que les droits de toutes et tous soient respectés. La lutte contre l’intimidation, le racisme, la xénophobie et l’exclusion ne se limite pas à dénoncer les actes les plus extrêmes. Elle exige une responsabilité collective, d’abord dans notre façon d’accueillir, d’intégrer et d’accompagner les personnes réfugiées et immigrantes, et ensuite dans notre façon de dialoguer et de valoriser le vivre-ensemble.

Notre Québec est beaucoup plus fort lorsqu’il rassemble que lorsqu’il divise, et il est riche de ses neuf millions de personnes venues des quatre coins du monde dans l’espoir d’être libres. La liberté, c’est que toutes et tous aient la possibilité de se loger sans devoir couper sur la nourriture et accèdent équitablement aux ressources naturelles, aux soins de santé et à l’éducation.

C’est avec du respect, de l’ouverture et de la solidarité que nous pouvons aspirer à bâtir une société où chaque personne trouve sa place et contribue pleinement au bien commun. Pas en véhiculant que les personnes qui ne sont pas nées ici, qui ont des croyances, des traditions ou une culture différente de la nôtre causent problème. La montée des discours et des actes haineux révèle un effritement important dans notre tissu social, celui d’une société qui peine à garantir la dignité de toutes les personnes qui la composent. Construire une société où il fait bon vivre passe aussi par la dénonciation et le rejet des discours qui divisent inutilement.